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Le Livre du Plaisir (Amour de Soi) [1ere partie]

Mis en ligne le 29 septembre 2005 Pas de commentaire
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imageSpare01Par Austin Osman Spare

LE LIVRE DU PLAISIR (AMOUR DE SOI)

LA PSYCHOLOGIE DE L’EXTASE

(1909-1913)


Définitions

Les mots Dieu, religion, foi, morale, femme, etc. (il s’agit de formes de croyances) sont utilisés pour exprimer différents « moyens » de contrôle et d’expression du désir : une idée d’unité par la peur, sous une forme ou une autre, devant s’écrire esclavage – les limites imaginées, reculées par la science qui n’ajoute à notre taille qu’un pouce chèrement payé : pas plus.

Kia : La liberté absolue qui, étant libre, est suffisamment puissante pour être « réalité » et libre à tout moment : par conséquent n’est-elle pas manifeste ou potentielle (sauf comme possibilité immédiate) via des idées de liberté ou des « moyens », mais par l’Ego libre de le recevoir, étant libre d’idées à son propos, et ne croyant point. Moins on en dit de lui (le Kia), moins obscur il est. Souvenez-vous que l’évolution enseigne par de terribles châtiments – cette conception est réalité fondamentale mais pas affranchissement définitif de l’évolution.

Vertu : Pur Art.

Vice : Peur, croyance, foi, contrôle, science, et le reste.

Amour de Soi : Un état mental, une humeur ou une condition causés par l’émotion du rire, devenant le principe qui permet à l‘Ego la compréhension ou association universelle, en permettant l’inclusion avant la conception.

Épuisement : Cet état de vacuité est produit par l’épuisement d’un désir au moyen d’une quelconque méthode de dissipation, lorsque l’humeur correspond à la nature du désir, i. e., lorsque l’esprit est tourmenté à cause du non-accomplissement de tel désir et cherche un soulagement. En s’emparant de cette humeur et de cette force vive, la vacuité qui en résulte est sensible à la subtile suggestion du Sceau.

Des différentes religions et doctrines

comme moyens de plaisir, de liberté et de pouvoir.

En quoi doit-on croire si ce n’est en Soi ? Et le Moi est négation de la complétude comme réalité. Aucun homme n’a jamais vu le moi. Nous sommes ce que nous croyons et ce que cela implique via un processus temporel dans la conception ; la création est causée par cet asservissement à la formule.

Les actions sont les expressions d’idées liées à la croyance ; étant inhérentes elles sont obscures, leur opération est indirecte, elles trompent aisément l’introspection. Les fruits de l’action sont doubles. Ciel ou Enfer, leur Unité ou leur Néant (Purgatoire ou Indifférence). Au Ciel se trouve le désir des Femmes, en Enfer, l’intense désir. Le Purgatoire est l’espérance différée, l’Indifférence n’est que déception jusqu’à la guérison. Alors sont-ils en vérité une seule et même chose. Le jouisseur avisé, ayant réalisé qu’il s’agit de ‘différents degrés du désir’, jamais désirables, renonce à la Vertu comme au Vice et devient un Kiaiste. Chevauchant le Requin de son désir, il traverse l’océan du principe duel et s’engage dans l’amour de soi.

Les religions sont la projection de l’incapacité, les imaginations de la peur, le masque de la superstition, pour elles paradoxe est vérité (1), étant aussi, souvent, l’ornement de l’imbécillité. Comme une vertu dans l’Idée pour maximaliser le plaisir à peu de frais, pardonner vos péchés et les excuser – n’est que cérémonial, l’expression des marionnettes envers la peur au pouvoir. Oui ! Ce que tu as ordonné dans ta piété est ton plus grand tourment, tout imaginaire qu’il soit ! La perspective n’est point agréable ; tu t’es instruit! Cela est devenu inné et ton corps est sensible.

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* Que Dieu est toujours au Ciel ou que l’inconcevable Tout-Puissant émane sa conception ou négation – commet le suicide, etc.

Certains encensent l’idée de Foi. Croire être des Dieux (ou toute autre chose) les ferait tels – démontrant par tout ce qu’ils font qu’ils sont pleins de leur non-croyance. Mieux vaut admettre l’incapacité ou l’insignifiance que les renforcer par la foi ; car le superficiel ’protège’ mais ne change rien au vital. Aussi, rejette le premier pour le second. Leur formule est tromperie et ils sont trompés, la négation de leur dessein. La foi est reniement, ou la métaphore de l’Idiotie, d’où qu’elle échoue toujours. Pour rendre l’esclavage plus sûr, les Gouvernements forcent la religion dans la gorge de leurs esclaves, et cela marche toujours ; peu en réchappent, d’où que leur honneur soit le plus grand de tous. Lorsque la foi périra, le « Moi » s’épanouira. D’autres, moins sots, obscurcissent le souvenir que Dieu est une conception d’eux-mêmes, et tout autant sujette à la loi. Alors, cette ambition de la foi est-elle si désirable que cela ? Pour ma part, je n’ai pas encore vu d’homme qui ne soit d’ores et déjà Dieu.

D’autres encore, et ceux qui savent bien des choses, ne peuvent vous dire exactement ce qu‘est ‘la croyance‘, ou comment croire en ce qui défie les lois naturelles et les croyances existantes. Pour sûr, pas en disant ‘Je crois‘ ; cet art fut longtemps perdu. Ils sont même davantage sujets à la confusion et à la distraction dès qu’ils ouvrent leurs gueules pleines d’arguments, impuissants et malheureux à moins de propager leur propre confusion, pour gagner en force ils doivent adopter le dogme et le maniérisme qui excluent des possibilités… Par l’illumination de leur connaissance se détériorent-ils dans l’accomplissement. Ne les avons-nous pas vus se flétrir proportionnellement à leurs explications ? En vérité, l’homme ne peut croire par la foi ou le gain, ni expliquer sa connaissance à moins de naître d’une nouvelle loi. Etant toutes choses, avons-nous besoin d’imaginer le contraire ?

Sois mystique.

D’autres croient en la prière… N’ont-ils pas encore tous appris que demander c’est se voir refuser sa demande ? Que ceci soit l’origine de ton Évangile. Oh, vous qui vivez les vies des autres ! A moins que le désir ne soit subconscient, il n’est pas accompli, non, pas en cette vie. En vérité, le sommeil vaut mieux que la prière. La quiétude, c’est le désir caché, une forme de « ne pas demander » ; par ce moyen la femelle obtient beaucoup de l’homme. Emploie la prière (si tu dois prier) comme un moyen d’épuisement, et ainsi obtiendras-tu ton désir.

Certains s’efforcent de montrer la similitude des différentes religions ; certainement je prouve ainsi la possibilité d’une illusion fondamentale, mais ils ne s’en rendent jamais compte – de cet Ukaze dont ils sont la raillerie, tellement ils le regrettent! Ils souffrent plus de conflits que les ignorants. Ce qu’ils peuvent identifier à leurs propres déceptions ou craintes, ils l’appellent vérité. Ils ne remarquent jamais cette similitude ni la quintessence des religions, leur propre pauvreté d’imagination et la palliation de la religion. Il serait préférable de montrer les différences essentielles des religions. Autant connaître les divers moyens ; leur objet n’est-il pas de tromper et de gouverner ? Pour sûr, là où il s’agit d’atteindre le transcendantal, Dieu et la religion ne sauraient avoir de place.

D’autres louent la prétendue vérité, mais ils lui attribuent de nombreux récipients ; oubliant sa contingence, ils prouvent sa relation et son paradoxe, le chant de l’expérience et de l’illusion. Le paradoxe n’est pas la « vérité », mais la vérité que toute chose peut être vraie pour un temps. Ce qui supplante le paradoxe et sa foi implicite (‘pas nécessaire’), j’en ferai le fondement de mon enseignement. Décidons du délibératif, ‘la vérité’ ne peut être divisée. Seul l’Amour de Soi ne peut être nié et il est Amour de Soi en tant que tel lorsqu’il est paradoxal, dans n’importe quelle condition, d’où que lui seul soit vérité, complet sans accessoires.

Certains font l’éloge de la Magie cérémonielle, et sont supposés souffrir plus d’Extase! Nos asiles sont pleins, cette époque est dépassée! Est-ce en symbolisant qu’on devient le symbolisé ? Si je me couronnais Roi, serais-je pour autant un Roi ? Je serais plutôt un objet de dégoût ou de pitié. Ces magiciens dont le manque de sincérité est le salut ne sont que les dandys désœuvrés des Bordels. La magie n’est que l’aptitude naturelle de chacun à attirer sans demander ; la cérémonie est sans apprêt, sa doctrine est la négation des leurs. Je les connais bien, eux et leur credo-savoir qui enseigne la peur de leur propre lumière. Vampiriques, ils sont aussi attirants que des poux. Leurs pratiques prouvent leur incapacité, ils n’ont pas de magie pour intensifier le normal, la joie d’un enfant ou d’une personne saine, aucune pour évoquer le plaisir ou la sagesse qui se trouvent en eux-mêmes. Leurs méthodes dépendent d’une confusion de l’imagination et d’un chaos de conditions, ils acquièrent leur connaissance avec moins de décence qu’une hyène sa nourriture. Je dis qu’ils sont moins libres, n’obtiennent pas la satisfaction du plus misérable des animaux. Se condamnant par leur répugnante obésité, leur manque de pouvoir, sans même posséder la magie personnelle du charme ou de la beauté, ils sont agressifs dans le mauvais goût comme dans leur marchandage publicitaire. La liberté de l’énergie ne s’obtient pas par sa réduction à l’esclavage, ni le grand pouvoir par la désintégration. N’est-ce pas parce que notre énergie (contenu mental) est déjà liée et divisée que nous sommes incapables, sans même parler de magie?

Certains croient que toutes choses sont symboliques, et qu’elles peuvent être transcrites, et justifier l’occulte, mais de quoi ils ne savent pas. (De grandes vérités spirituelles ?). Ainsi l’argument est-il une métaphore, embrouillant prudemment l’évidence qui développe la vertu cachée. Cette inutile corpulence, pour impressionnante qu’elle soit, n’est-elle pas répugnante ? (L’éléphant est excessivement gros mais extrêmement puissant, le porc, bien qu’odieux, n’engendre pas le dédain de notre bon goût). Si un homme n’est pas un héros pour son serviteur, il sera d’autant moins un mystique aux yeux des curieux ; la ressemblance éduque le mimétisme. Décorez votre signification, aussi désagréable soit-elle (de fait), après avoir montré votre honnêteté. La vérité, même simple, n’a jamais besoin de l’argument de la confusion en faveur de l’obscurité ; son propre et pur symbolisme embrasse toutes les possibilités tel un dessein mystique. Fiez-vous au bon sens et vous inclurez la vérité qui ne peut pas mentir ; aucun argument ne l’a emporté à ce jour. La parfaite proportion n’inspire aucun remaniement, et ce qui est inutile dépérit.

Ils rejettent tout le symbolisme moderne (2) et atteignent très tôt une limite absurde. Ne misant pas sur le changement (2) ni (parfois) sur la nature arbitraire du symbolisme ou la chance d’une folie préservée, par leur adoption du traditionnel sans aucune Science, qui leur donnerait une version du présent, leur symbolisme est chaotique et dénué de sens. Sans connaître l’interprétation originale ils parviennent à projeter leur propre pauvreté par cette confusion, comme expliquant les anciens symboles. Les enfants sont plus sages. Ce conglomérat d’antiquités en ruines, réunies par la maladie de la cupidité – est pour sûr l’occasion de la charité ? Oubliant les idées de camelote, apprenez la meilleure des traditions en observant vos propres fonctions et ce qui est moderne avec impartialité. Certains louent la croyance en un code moral et doctrinal qu’ils transgressent naturellement et continuellement, sans jamais toucher à leur but. Pourvu qu’ils aient la nature qui convienne, ils réussissent pleinement dans le gouvernement d’eux-mêmes, et sont les plus robustes, les plus sains et ceux qui se plaisent le plus à eux-mêmes. On peut dire cela négation de ma doctrine, et ils en tirent une passable satisfaction, cependant que la mienne est complète. Qu’il demeure ici, celui qui n’est pas assez fort pour le grand œuvre. Dans la liberté pourrait-il s’égarer. Aussi, remplumez sans peur vos ailes, vous, les humbles!

D’autres disent que seule la connaissance est éternelle, c’est là l’éternelle illusion de l’instruction – l’Ukase d’apprendre ce que nous savons déjà. Dès que nous nous demandons « comment » nous engendrons la stupidité ; sans cette conception, qu’y a-t-il là que nous ne pourrions connaître ou mener à terme ? D’autres ont un penchant pour la concentration, celle-ci ne vous libérera pas, l’esprit concevant la loi est esclavage. Parvenu à ce point, vous souhaiterez la déconcentration. La dissociation d’avec toutes les idées, à l’exception d’une seule, n’est pas la délivrance mais l’accomplissement imaginatif ou la fureur de la création. D’autres, encore, disent que toutes choses sont émanations de l’Esprit Divin, comme les rayons du Soleil, et donc quel besoin d’émancipation ? En vérité, les choses sont de toute nécessité via leur conception et leur croyance. Détruisons ou modifions la conception, et vidons la croyance.

Celles-ci et de nombreuses autres doctrines sont déclarées par moi comme étant ce qui perpètre le péché et l’illusion. Toutes et chacune reposent sur un sous-entendu embrouillé, obscurcissant, mais cependant engendré de la dualité de la conscience dont elles profitent pleinement. De peur, elles vomiraient du sang chaud si elles voyaient les fruits de leurs actions et plaisirs. Croyant ainsi dans des doctrines largement différentes, elles tiennent de ce principe duel, et se parasitent nécessairement les unes des autres. Comme les drogues et le bistouri du chirurgien, elles ne peuvent qu’annuler ou au mieux supprimer un effet. Elles ne changent ni ne suppriment la cause fondamentale (la loi). « Oh, Dieu, Toi qui es la stagnation ambiante ». Tout est charlatanisme : ces religions, dont l’existence même repose sur leur échec, sont si remplies de misère et de confusion, n’ayant fait que multiplier les arguments, aussi pleines d’arguments qu’elles sont nuisibles, si pleines de superflu, si dépourvues de tout libre plaisir en cette vie ou une autre, que je ne puis soutenir leurs doctrines. Leur critère pour le plaisir – la mort! Mieux vaut qu’un homme renonce à elles toutes, et embrasse son propre et invincible dessein. Il ne peut aller plus loin, et c’est là sa seule délivrance. Par lui peut-il mettre son plaisir là où il le veut, et trouver la satisfaction.

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(2) Tous les moyens de locomotion, les machines, les gouvernements, les institutions, et tout ce qui est essentiellement moderne, est symbolisme vital des œuvres de notre esprit, etc.

(3) Le symbole de la justice connu des Romains ne symbolise pas la justice Divine, ou la nôtre, du moins pas nécessairement ou usuellement. La vitalité n’est pas exactement comme l’eau – pas plus que nous ne sommes des arbres ; nous sommes plutôt comme nous-mêmes, pouvant incidemment inclure des arbres non appris ici ou là -, bien plus évidente dans nos œuvres actuelles.

LE CONSOMMATEUR DE RELIGION

Le Kia dans sa Manifestation Transcendantale et Concevable

De nom, il n’a pas besoin, pour être désigné, je le nomme Kia – je n’ose le prétendre être moi-même. Le Kia pouvant être exprimé par des idées concevables n’est pas le Kia éternel, qui consume toute croyance – mais est l’archétype du ‘moi‘, l’esclavage de la mortalité. M’efforçant de « le » décrire, j’écris ce qui pourrait être – mais pas usuellement – nommé le « livre des mensonges » (1). C’est l’hétérodoxie de l’originable – une ‘vision’ subtile qui transmet d’une manière ou d’une autre, accidentelle, que la vérité se trouve quelque part. Le Kia pouvant être vaguement exprimé par des mots est le ‘Ni Ceci-Ni Cela’, le ‘Je’ non modifié dans la sensation de l’omniprésence, l’illumination symboliquement transcrite dans l’alphabet sacré, au sujet duquel je suis sur le point d’écrire. Son émanation est sa propre intensité, mais n’est pas nécessité, il a existé et toujours existera, c’est le quantum vierge, par son exubérance nous avons gagné l’existence. Qui peut dire où, pourquoi et comment il est relié ? Par le travail du temps, celui qui doute habite ses limites. Relié à rien mais permettant toutes choses, il élude la conception, tout en étant la quintessence de la conception car imprégnant de plaisir la signification. Antérieur au Ciel et à la Terre, sous son aspect qui les transcende, mais pas l’intelligence, il peut être considéré comme le principe sexuel primordial, l’idée de plaisir dans l’amour de soi. Seul celui qui a atteint la posture de la mort peut appréhender cette nouvelle sexualité, et voir satisfait son amour tout-puissant. Celui qui est toujours assujetti à la croyance, entravé par le désir, s’identifie à tout cela et ne peut voir que ses infinies ramifications dans l’insatisfaction (2). Ancêtre d’elle-même et de toutes choses mais ne ressemblant à rien, cette sexualité, dans sa simplicité première, personnifie l’éternité. Le temps ne l’a pas changée et c’est pourquoi je la dis nouvelle. Ce principe sexuel ancestral, et l’idée de moi, sont une seule et même chose, cette identité est son exaction et ses infinies possibilités, la première dualité, le mystère des mystères, le Sphinx aux portes de toute spiritualité. Toutes les idées concevables commencent et se terminent comme lumière en son émotion, l’extase qu’induit la création de l’idée de moi. L’idée est unité par la formule du moi, sa nécessaire réalité comme continuité, la question de toutes choses, tout cet univers visible et invisible en provient. Comme l’unité conçoit la dualité, elle engendre la trinité, engendre le tétragrammaton. La dualité étant unité, elle est temps, le complexe de la conception, l’éternel reflux de la réalité primitive dans la liberté – étant trinité de dualités, ce sont les six sens, les cinq facettes du sexe – se projetant comme environnement pour l’assimilation de soi par le déni, comme sexualité complète. Etant un tétragrammaton de dualités, il s’agit d’une disposition en douze, le complexe humain, et on peut l’appeler les douze commandements du croyant. Cela imagine l’éternel décimal, sa multiplicité embrassant l’éternité, d’où émanent les formes multiples, constituant l’existence. Vitalisée par le souffle de l’amour de soi, la vie est consciente d’une. Le moi étant sa propre force opposée, il est alternativement conflit, harmonie, vie et mort. Ces quatre principes sont une seule et même chose – la conception vue comme le ‘moi’ ou conscience complets – d’où qu’ils peuvent être fondus dans l’unité et Symbolisés (illustration). Une forme faite de deux, trine et possédant quatre directions.

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(1) Au sujet de ce ‘Moi‘.

[manque illustration]

Toute conception est le principe duel, la loi qui est sa condition.

(2) Le principe sexuel non modifié, réfracté via le principe duel, émane l’infinie variété des émotions ou sexualités, pouvant être dites ses ramifications.

KIA symbolisé

Ni Ceci-Ni Cela ou la sexualité non modifiée.

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Principe Duel.

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Modifications.

[manque illustration]

La Loi Transcendantale, la Loi et le Testament du « Nouveau »

La loi de Kia est son propre arbitre, au-delà de la contrainte, qui peut se saisir du Kia sans nom ? Évident mais inintelligible, sans forme, au dessein fort excellent. Son vœu est sa surabondance, qui peut dire son but mystérieux ? Par notre connaissance il devient plus obscur, plus lointain, et notre foi – opacité. Sans attribut, je ne connais point son nom. Comme il est libre, il n’a nul besoin de souveraineté! (Les royaumes sont leurs propres spoliateurs). Sans lignée, qui peut prétendre être de ses parents ? Sans vertu, comme il est gracieux en son moral amour de soi! Comme il est puissant, en son assertion du « Pas besoin-Pas d’importance »! L’amour de soi, dans sa perspective intégrale, sert son propre et invincible dessein d’extase. La suprême félicité simulant l’opposition est son équilibre. Il ne souffre d’aucun mal, pas plus qu’il ne travaille. N’est-il pas auto-attirant et indépendant ? Pour sûr, nous ne pouvons le dire équilibre. Si nous pouvions imiter sa loi, toute création s’unifierait et servirait notre dessein dans le plaisir et l’harmonie. Le Kia transcendant la conception, il est immuable et inépuisable, pas besoin d’illumination pour le voir. Si nous ouvrons notre bouche pour en parler, ce n’est pas de lui dont nous parlons mais de notre dualité, si puissant il est en sa simplicité première! Le Kia, sans concevoir, se donne rendez-vous comme plénitude de la création. Sans assertion, la plus puissante des énergies, sans petitesse, elle peut sembler être la dernière des choses. Sa possession est nôtre sans que nous la demandions, son être est libre, la seule chose qui soit libre. Sans distinction, elle n’a pas de favoris, mais se nourrit elle-même. De peur, toute création lui rend hommage – mais ne loue point sa morale, et ainsi toute chose périt-elle sans beauté. Nous nous dotons de la puissance que nous lui prêtons et il agit comme maître – (3), jamais la cause de l’émancipation. Ainsi, depuis toujours, je donne forme au Kia à partir du ‘moi’, sans ressemblance, mais pouvant être regardée comme la vérité. Et l’esclavage vient de cette délibération, ce n’est pas par l’intelligence que nous serons libres. La loi du Kia est son dessein toujours originel, indéterminé, sans que changent ses émanations, via notre conception elles se matérialisent et tiennent de cette dualité, l’homme tire sa loi de cette réfraction, ses idées – la réalité. Avec quoi équilibre-t-il son extase ? Mesure par mesure, par l’intense douleur, la tristesse, et les peines. Et quoi de sa rébellion? L’esclavage de toute nécessité! La dualité est la loi, la réalisation par la souffrance relie et oppose par unités de temps. Il est difficile d’obtenir une extase de quelque longueur, et cela exige bien du travail. Divers degrés de souffrance alternant avec des bouffées de plaisir et des émotions moins tourmentées, semblent être la condition de la conscience et de l’existence. La dualité, sous une forme ou une autre, est la conscience comme existence. C’est l’illusion du temps, des dimensions, de l’entité, etc. – la limite du monde. Le principe duel est la quintessence de toute expérience, aucune ramification n’a augmenté sa simplicité première, mais n’est que sa répétition, sa modification ou sa complexité, jamais son évolution n’est-elle complète. Il ne peut aller au-delà de l’expérience du moi – et donc revient et s’unit encore et encore, toujours une déception. Toujours rétrogressant vers sa simplicité d’origine, l’infinie complication est son évolution. Aucun homme ne peut comprendre ‘Pourquoi’ à la vue de ses œuvres. Connaissez-le comme l’illusion qui embrasse le savoir de toute l’existence. Le plus âgé qui ne grandit pas en sagesse, on peut le voir comme la mère de toutes choses. Par conséquent, croyez que toute expérience est illusion, et loi de la dualité. De même que l’espace se répand dans un objet par le dedans et par le dehors, à l’intérieur comme au-delà de ce cosmos toujours changeant trouve-t-on ce principe sans second.

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(3) A cause des marques imprimées par les incarnations, notre ‘moi’ final est dérivé des attributs dont nous dotons notre Dieu, l‘Ego abstrait ou principe concepteur. Toute conception est un reniement du Kia, d’où que nous sommes son adversaire, notre propre mal. Progéniture de nous-mêmes, nous sommes le conflit entre ce que nous nions et affirmons du Kia. Il semblerait bien que nous ne puissions être trop prudents dans notre choix, car il détermine le corps que nous habitons.

Soliloque sur la Divinité

Qui a jamais pensé ainsi ?

Quelque chose engendre la Douleur, quelque chose alimente l’Agonie ; et si l’Idée latente de la Suprême Félicité en était la cause ? Et cette espérance éternelle, cette accumulation d’ornements sur la pourriture, cette pensée toujours présente – elle coïnciderait avec la vanité ayant préséance sur la mort ? Oh, misérable pensée provenant du plus épouvantable spleen – comment puis-je te dévorer et sauver mon Ame ? La réponse fut toujours : ’Rends hommage à qui de droit, le Médecin est le Seigneur de l’existence ! » Cette superstition de la médecine – n’est-elle pas l’essence de la lâcheté, la représentante de la mort ?

N’est-il pas étrange que nul ne se souvienne d’être mort ? As-tu jamais vu le Soleil ? – Si tu l’as vu, alors n’as-tu rien vu qui soit mort – bien que tu croies différemment! De « toi » ou de ce cadavre, lequel est le plus mort ? Lequel de vous possède le plus important degré de conscience ? A n’en juger que par l’expression, lequel de vous deux semble jouir davantage de la Vie ? Puisse cette ‘croyance’ en la mort ne pas être la ‘volonté’ qui s’efforce vers ‘la mort’ pour votre satisfaction, mais ne peut rien vous donner de mieux que le sommeil, le déclin, le changement – l’enfer ? Ce somnambulisme constant est ‘le non-satisfaisant’.

Vous ne croyez ni aux Esprits ni aux Dieux – parce que vous ne les avez pas vus ? Quoi! N’avez-vous jamais vu les fantômes moqueurs de vos croyances ? – l’asile rigolard de votre humilité ou Mammon – vos grotesques Idées sur le ‘Moi’ ? Oui, vos facultés elles-mêmes et vos Mensonges les plus courageux sont des Dieux! Qui est l’assassin de vos Dieux – sinon un Dieu!

Il n’y a aucune preuve que vous ayez existé auparavant ? Quelle excuse! Personne n’est jamais revenu pour nous raconter ? Damné avocat! Vous n’êtes que ce que vous étiez – changé d’une manière ou d’une autre ? A première vue peut-être êtes-vous réincarné en quelque chose ? Les ‘peut-être’, au pluriel, sont possibles! Pouvez-vous faire une chose différemment de comment vous la faites ? Je ne me lasserai jamais d’affirmer que vous faites constamment différemment!

Quelle est la « laideur » qui offense ? C’est la vague conscience qu’il va vous falloir changer d’idée – que vous faites germer ce que vous contenez ? Vous êtes toujours en train de vous souvenir de ce que vous avez oublié ; aujourd’hui sera peut-être le jour du jugement dernier – de croire de force à ce en quoi vous ne croyiez pas ? Si aujourd’hui est hier en tout sauf les apparences – alors demain est aussi aujourd’hui – le jour du déclin! Cet univers est chaque jour détruit, c’est pourquoi vous êtes conscient! Il n’y a pas de Vie ni de Mort ? De telles idées ne devraient être rien moins que comiques.

Il n’y a pas de dualité ?

Vous êtes conscient de l’heureux Papillon que vous observez et êtes conscient d’être ’Vous’ ; le Papillon est conscient d’être ’lui-même’ et, comme telle, c’est une conscience aussi bonne que la vôtre, et la même, i.e. d’être ‘vous’. Cette conscience de ’vous’, que tous deux ressentez, serait le même ’vous’ ? Ergo, vous êtes un seul et même – le mystère des mystères et la chose la plus simple du monde à comprendre! Comment pourriez-vous être conscient de ce que vous n’êtes point ? Mais vous pourriez croire différemment ? Ainsi, si vous blessez le Papillon, c’est vous-même que vous blessez, mais votre croyance que vous ne vous blessez pas vous-même vous protège de la blessure – pour un temps! La croyance se lasse et vous êtes affreusement blessé! Fais ce que tu veux – la croyance est toujours sa propre inconsistance. Le désir contient toutes choses, pour cela devez-vous croire en toutes choses – si tant est que vous devez croire en quelque chose! La croyance semble exclure le bon sens.

Pas de doute – cette conscience du « Toi » et du « Moi » est le bourreau guère désiré mais toujours prêt – bien qu’il ne soit ‘pas nécessaire qu’il en soit ainsi’, en aucune manière! N’est-ce pas une question de Peur ? Avez-vous peur d’entrer dans la fosse aux Tigres ? (Et je vous assure que c’est une question de rectitude – innée ou culturelle – que d’entrer volontairement ou d’y être poussé, que d’en sortir vivant ou non!). Et pourtant, chaque jour vous pénétrez sans crainte dans des fosses habitées par de plus terribles créatures que les Tigres, et en ressortez indemne – pourquoi ?

L’Allégorie

De grands scientifiques découvrent les propriétés mortelles des microbes qu’ils ont appris que nous respirions, et qui d’après leurs canons devraient détruire ; nous devrions être déjà morts ? Ayez foi! Les canons de la science sont tout à fait corrects, ils ne déjouent point le doute! Notre grand familier – cet ‘élan vers la connaissance’ nous comblera pour sûr de la maladie et la mort qu’ils apportent! Et nous octroiera également en compensation leurs pouvoirs de destruction! Pour la destruction de qui ? Les choses seront réglées! Est-ce là la valeur de la volonté ? Cette ‘volonté de puissance’ – qui ô combien la vie préserve! Quelle avancée dans la judicieuse sélection! Qu’ils sont charmants! Ces nobles explorateurs! Ô, vous les savants, continuez à découvrir l’Enfer! Lorsque vous êtes imprégnés de science – l’éclair va-t-il tonner le meurtre ? Un nouvel espoir va-t-il naître ? De nouvelles créatures pour le cirque ? (La conception de) la Divinité doit toujours transformer son inertie pour la transmuer en son véritable opposé – car elle le contient!

Le maître doit être l’élève douloureux de sa stupidité ?

L’idée de Dieu signifie toujours l’oubli de la suprématie et de la Piété. Doivent-elles donc être supplantées par la peur, non ?

Il n’y a pas d’Athée, personne n’est affranchi de son autobiographie, pas d’intrépide hédoniste à l’horizon ?

La conception est l’absence de son indiscutable réalité ou réalité interne! Lorsque la conception commémore l’oubli – ce serait l’occasion de sa réalité pour vous ? Lorsque la prière (vous priez toujours) s’est transmutée en son Blasphème – vous êtes suffisamment attirant pour être entendu – votre désir est satisfait! Quel saut périlleux de l’humilité!

Que l’on projette Dieu comme Maître par peur, ou comme l’habitant intérieur par l’amour, les Dieux nous sommes tout le temps, c’est pourquoi la divinité est toujours potentielle. Sa constante génération, le retard éternel – est la vie. Cette envie du Maître ou Créateur – le dernier espoir qu’il faille en quelque sorte suivre est aussi l’existence et la perte de ‘la Vie’!

Le fait scientifique n’existe pas, il implique toujours son opposé comme fait égal, tel est le ‘fait’. Pourquoi alors se préoccuper de prouver quelque chose comme fait ? Ce vain espoir de démontrer une finalité, c’est la mort même, alors pourquoi raconter des sornettes au ‘Désir’ ? Vous avez prouvé (par les mathématiques!) que le soleil est à de nombreux millions de kilomètres de vous – vous allez maintenant améliorer son efficience! La Nature – cette impulsion aux antithèses de vos vérités – vous prouvera bientôt elle aussi (mathématiquement et aussi souvent que vous voudrez!) que le Soleil n’existe pas du tout! Ou si vous le désirez : elle démontrera catégoriquement que le Soleil est des millions de millions de fois plus éloigné ou plus proche que vous ne le pensiez de prime abord! Fort extraordinaire penseur! Ces faits et bien d’autres encore sont déjà connus du papillon, des poux, des insectes – et peut-être de vous-même ? Qui a les sens les plus fidèles – vous ou la mouche ? Avec le temps finirez-vous par adopter leur vision – leurs pensées et leur sagesse – vous étiez tel auparavant ? Vous l’êtes aujourd’hui mais ne les avez pas encore réveillées – vous seriez à nouveau d’une telle puissance! Merveilleux progrès! Réussites bien méritées! Fort impitoyables! On devrait soigneusement examiner ce progrès, voir également ce que vous avez gagné au moyen de la science.

Une pensée pour la perspective – vous êtes toujours ce que vous désirez le plus – l’avenir! Votre désir est de vivre selon votre désir, et cela vous le réaliserez toujours! Sentiment fort noble! – vous êtes déjà ‘cela’ – le ‘satisfait’ – le ‘sans désir’ – ‘pour de vrai’! Ivre êtes-vous de cela!

Il n’est d’autre illusion que la conscience ! Cette conscience est toujours le souriant monument commémorant ‘Que vous ayez ou non jamais réellement joui de la Vie’!

Le Dieu de la « Volonté » est l’ordre auquel obéir, sa Justice terrorise tout le monde – elle est telle une Epée – votre dû pour l’obéissance! La ‘Volonté’ est l’ordre de croire, votre volonté est ce que vous avez activement cru être croyance de bonne volonté à votre égard! Vous pensez lorsque ‘cela’ souhaite! ‘La Volonté’ est complication, les moyens d’autres moyens. Dites cette volonté libre ou non – au-delà de la volonté et de la croyance se trouve l’Amour de Soi – je ne connais pas de meilleur nom. C’est libre de croire à ce que ça désire. Vous êtes libre de croire en rien qui soit relié à la croyance. La ‘Vérité’ n’est pas difficile à comprendre! La vérité n’a pas de volonté – la volonté n’a pas de vérité! La vérité est la ‘volonté’ jamais crue – elle n’a pas de vérité! ‘Peut-être’ – c’est la certitude immédiate! Ce Sphinx obsédant nous enseigne la valeur du ‘vouloir quelque chose’ ? Aussi n’est-il de risque plus grave que la Connaissance Absolue – si un peu est dangereux – qu’en est-il donc de l’Omniscience ? La force Toute-Puissante n’a pas de complices!

La science est ce maudit doute du possible, oui, de ce qui existe! Vous ne pouvez concevoir une impossibilité, rien n’est impossible, vous êtes l’impossible! Le doute est retard, mais comme il punit! Nulle chose n’est plus vraie qu’une autre chose! Qu’est-ce que vous n’êtes pas – avez-vous jamais sincèrement répondu à cette question ?

Vous vous tyrannisez vous-même, et ainsi oubliez constamment ce dont vous vous souvenez ; vous résistez aux objets des sens et présentez de la résistance aux facultés selon que vous croyez ou non. Ces facultés sont aussi nombreuses que les atomes que vous n’avez pas encore vus, et elles sont aussi infinies que le chiffre un – elles viennent à la vie à volonté. Vous en adoptez un petit peu à la fois – vous parlez connaissance via elles – auriez-vous au moins compris la grammaire, ceux que vous reniez parlent plus fort que vos paroles! Je ne croirais pas dans la sagesse du Tout-Puissant.

La croyance est toujours sa propre tentatrice, proposant de croire différemment ; vous ne pouvez croire en la liberté mais pourriez être libéré de la croyance ? Pas plus que vous ne pouvez croire en la ‘Vérité’, mais vous n’avez nul besoin de vous compromettre. La voie de la Vie n’est pas par ‘les moyens’ – ces doctrines – voire mes doctrines bien qu’elles permettent au dévot auto-désigné d’imiter ma réalisation – puissé-je jamais rougir! L’homme de douleur est l’Enseignant! J’ai enseigné – enseignerai-je de nouveau à toi, ou à moi-même ? Pas même pour un cadeau du Ciel! La maîtrise équivaut à apprendre – équivaut à constamment désapprendre! Tout-Puissant est celui qui n’a pas appris et puissant le nourrisson – il n’a que le pouvoir d’assimiler!

Et les idiots les plus solécistes demandent maintenant : ‘comment pouvons-nous échapper aux inévitables évolutions de la conception – car tout conçoit en permanence ?’ Ma réponse devra permettre tous les moyens, tous les hommes, toutes les conditions. Ecoute, ô Dieu que tu es, qui veut cependant être Dieu. Lorsque l’esprit est désemparé, la capacité d’entreprendre l’impossible devient connue ; par ce très simple état de ‘Ni Ceci-Ni Cela’ l’Ego devient-il le Veilleur Silencieux et sait-il tout ce qu’il y a à savoir! Le ‘Pourquoi’ et le ‘Comment’ du désir sont contenus dans l’état mystique du ‘Ni Ceci-Ni Cela’, et le bon sens prouve que c’est l’état de lait, le plus nourrissant! Rustre comme je suis – toutes mes idées en sont néanmoins issues (et toutes les vôtres, mon ami), mais j’ai toujours été un fainéant – un vieux pécheur qui verrait les autres, omnipotents, en face de lui.

© copyright traduction française, 2002. Traduit par Jean-Luc Colnot et Philippe Pissier.

Illustration d’Austin Osman Spare extraite de l’ouvrage The Book of Automatic Drawing.

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