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Religions : A s’en Damner ! [2eme partie]

Déposé par dans 16 février 2007 – 14 h 35 min

Par Robert Anton Wilson

La cérémonie du café aux États-Unis

Après avoir été, en 1967, congédié de l’Université de Harvard à cause de ses idées non conventionnelles (et avant d’être emprisonné), le psychologue le plus subversif des États-Unis, le docteur Timothy Leary, a publié un pamphlet où il affirmait que chaque foyer devrait être un temple, chaque homme un prêtre, et chaque femme une prêtresse.

Ce pamphlet était intitulé «Créez votre propre religion» ; l’Amérique à cette époque étant réceptive à une pareille idée et les ordinations fournies par le Réverend Hensley, les Métathéologies, ou Religions-décoctions-faites-maison connurent un certain essor.

L’Église néoïste américaine, créée par le psychologue Arthut Kleps, ami et ancien associé de Leary, fut structurée selon le modèle de l’Église Native Américaine, si ce n’est qu’elle s’adressait à toutes les races – pas seulement aux Indiens Peaux-Rouges – et qu‘elle remplaçait le peyotl par du LSD lors des sacrements. L’Église néoïste Américaine n’a pas fait long feu : les tribunaux décrétèrent qu’il était légal pour les natifs américains de prendre des drogues dans un cadre religieux, puisque cette pratique était de nature traditionnelle, mais que pour les blancs, la religion n’était plus alors qu’un prétexte pour s’adonner à la drogue. Le fondateur, Kleps, qui se dénomme lui-même le Primate et les autres prêtres les Boo-Hoos, protesta en qualifiant cet acte d’ouvertement raciste, mais cet argument ne sut pas convaincre les juges.

L’Église néoïste américaine n’existe désormais plus, ou dissimulée dans des manifestations underground, mais on trouve toujours le catéchisme, écrit pas Kleps lui-même, un livre très drôle, qui combine à la fois des éléments du bouddhisme, de la philosophie solipsiste, et une polémique hilarante, dans la tradition voltairienne, une critique des «chrétiens, juifs et athées» qui se refusent à reconnaître le LSD comme un sacrement.

Fondée dans les Indes occidentales, la secte rastafarienne est représentée dans de nombreuses villes américaines, et elle est réservée aux Noirs. Elle utilise le cannabis en tant que sacrement et voue un culte à l’empereur (du XXe siècle) Haïlé Sélassié, vénéré comme un Dieu. Cette église affirme que le Pape est «l’antéchrist en général, Père de la Mafia, Mage Empereur du Ku Klux Klan.» Ses membres sont souvent arrêtés pour possession de cannabis et contrebande, cependant et malgré son excentricité, l’Église rastafarienne n’est pas illégale.

En référant d’une façon quelque peu suspecte au nom des rosicruciens, les javacruciens ont eux opté pour le sacrement le moins controversé, la caféine. C’est sans doute le groupe religieux ayant le fondement théologique le plus simple, l’idée que la seule chose nécessaire au salut est la cérémonie américaine du café – variante de la tradition japonaise de la cérémonie du thé. On la pratique au lever du jour, tourné vers l’est, face au soleil levant, en élevant la tasse à ses lèvres. A la première gorgée, on doit gémir avec une certaine ferveur et intensité : «Bon dieu, j’en avais besoin !». Si cette cérémonie est pratiquée religieusement tous les matins, on devient, selon les javacruciens, à même de faire face à toutes les épreuves de la vie avec l’esprit tranquille et le mental clair.

La SFMB — sigle qui désigne la société de Fred Mertz, boddhisattva — a été créée par le poète finnois Antero Alli, qui maintient que toute la sagesse qui est la sienne provient des répliques du personnage à première vue insignifiant de Fred Mertz, de la série télévisée I love Lucy. En méditant continuellement les propos apparemment triviaux du personnage, du genre «je ne comprends rien de ce qui peut bien se passer ici», ou «je ne comprends absolument rien aux femmes», à ce que prétend cette secte, on trouvera la même illumination que dans la contemplation bouddhiste avec des supports tels que «quel est le son d’une main qui applaudit?».

Et, tout comme dans le Zen, où les étudiants sont souvent amenés à méditer sur des sons monosyllabiques, tel le Mu, de même ici, la SFMB vous fera-t-elle méditer sur des mertziannismes tels que «Hein?» ou «Ahhh !» jusqu’à toucher dans ce qu’il y a de plus banal ce que Joyce a pu désigner sous le terme d’épiphanie.

L’Église de Satan, dont le quartier général se situe à San Francisco (naturellement), a des succursales et sous-succursales dans de nombreuses villes américaines, ainsi qu’une douzaine en Europe. Elle a été fondée par un employé de cirque, du nom de Anton Szandor Lavey. Elle est pourvue d’une bible satanique, écrite par Lavey lui-même (et dédiée à W.C. Fields et P.T. Barnum) et revendique d’invoquer Lucifer, Belzebuth, Astaroth, ainsi qu’un million environ d’autres démons, et de trouver un infini plaisir à foutre une trouille bleue aux pieux chrétiens.

Malgré son diabolisme, l’Église de Satan n’a pas de tracas judiciaire (excepté lorsque des voisins se sont plaints que le lion apprivoisé de Lavey les réveillait durant la nuit), ses membres se limitant au blasphème, à la malédiction de leurs ennemis, et à l’expression rituelle de ressentis négatifs et d’interdits -Ce à quoi s’adonnent en fait de nombreux groupes de rencontre en Californie. Aucun de ses membres n’a jamais été arrêté pour de vrais crimes. Je les soupçonne même d’avoir par eux-mêmes lancé la rumeur comme quoi ce serait l’empire Proctor & Gamble (firme qui produit du savon) qui les finance. Des artistes Send Up plutôt peu scrupuleux.

La Croisade universitaire de Cthulhu pointe généralement son nez dans un campus américain lorsqu’y sévit la croisade universitaire pour le Christ ; elle est d’ailleurs surtout vouée à ennuyer cette dernière. Les Cthulhuistes vouent un culte à un monstre évoqué pour la première fois dans les romans de H.P. Lovecraft. Durant un certain temps, j’ai cru que cette secte ne progresserait jamais au-delà du niveau de la parodie et de la satire ; puis l’Église de Satan a incorporé Cthulhu dans son panthéon au même titre que les autres démons.

Comme la croisade universitaire pour le Christ édite des autocollants de pare-chocs déclarant «Je l’ai trouvé», les Cthulhuistes éditent des autocollants proclamant «Il m’a trouvé», quand l’Église de tous les mondes affirme, quant à elle : «Vous êtes Dieu».

Pape, vous pouvez l’être vous aussi

Plus sérieux, ou du moins plus désespéré, la société discordianiste, qui s’incarne aussi sous la forme du Paramétamysticisme de l’Eris Ésotérique (en anglais POEE, NdT), est une secte anarchiste délibérément été scindée en deux sous-groupes s’opposant pour proclamer être (je cite ) «la première religion véritable».

Comme les sorciers, les Dicordianistes vénèrent une divinité primordiale féminine, or pour eux celle-ci est démente. Il s’agit d’Eris que les anciens Grecs connaissaient comme déesse du Chaos ; les Dicordianistes l’ont également proclamée déesse de la Confusion, de la Discorde, et de la Bureaucratie. L’orthodoxie discordianiste, dirigée par «Ho Chi Zen» (à savoir Kerry Thornly) aurait été révélée par un chimpanzé miraculeusement doté de parole, et ce à Yorba Linda, en Californie, sur une piste de bowling, en 1957. Affirmation rejetée en bloc par la POEE, qui la qualifie de superstition absurde montée pour duper ; elle donne, elle, cinq preuves de l’existence d’Eris, en réalité cinq aberrations logiques se réduisant à un seul argument : «Si Eris n’existe pas, alors donc, sacredieu d’athées, qui donc a pu foutre tout ce Chaos dans l’univers?».

Le Haut prêtre du Grand temple de la POEE est Malaclypse le Jeune, Polypère omnibienveillant de l’Hymen Doré (son vrai nom est Gregory Hill) ; et il a bien sûr fondé son ordre grâce à une ordination du toujours utile Révérend Hensley. La POEE a sa propre bible, écrite par Malaclypse, du nom de Principia Discordia, ou Comment j’ai trouvé la Déesse et ce que je Lui ai fait lorsque je l’ai trouvée ; l’Eglise tient des cabales (et non des églises, ni des groves, ni des covens, ni même des nids) sur l’ensemble des territoires américain, britannique, australien, canadien, et même à Hong Kong.

Les chefs de Cabales, appelé Episkopi (le terme grec pour dire pape, NdT) ont des noms étranges, comme Camden Benares (qui a écrit l’ouvrage Le Zen sans les Maîtres Zen) qui dirige la cabale de Los Angeles de l’Eris Ésoterique (POEE, NdT) Onrak L’En Deça, qui dirige l’infiltration de l’Etat du Colorado, ou bien encore Lady L, Putain de Salope Anarchiste, qui mène la Cabale de Berkeley, et dont le titre lui a été, selon elle, donné par Elridge Clever lors d’un débat politique.

Les Discordianistes ont emprunté à Hensley ce qui faisait sa spécificité, à savoir que chaque homme, chaque femme, ou chaque enfant sur cette planète peut être un Pape. Ce qu’ils réalisent concrètement en distribuant en masse des cartes de Pape, sans oublier naturellement d’en envoyer une à l’anti Pape en France ; ou à ce type au Vatican qui pense toujours que c’est lui le seul Pape.

Bon gré mal gré, tous les agents du Pentagone sont des Saints Discordiens, qu’ils le veuillent ou non, puisque Malaclypse les a canonisés et incorporés dans un Saint Ordre du nom de «Chevaliers du Château à cinq faces, sous le patronage de Saint Quichotte». Le Pentagone lui-même est un lieu de culte religieux, dont on dit qu’il incarne la parfaite harmonie entre Chaos et Bureaucratie.

Tous ceux qui sont des dissidents au Discordianisme, en tant que blasphémateurs, sont aussi des saints honoraires, affiliés au Foyer du soulèvement MELI, tandis que les Discordianistes sont des saints du soulèvement MELO.

Le discordianisme n’éclipse aucun dogme, mais il a un catme (jeu de mots intraduisible avec chien, dog, et chat, cat, NdT), l’Affirmation de Syadastan, qui consiste en la déclaration suivante : «Tout affirmation est tout à la fois vraies dans un certain sens, fausses dans un certain sens, insensées dans un certain sens, vraies et fausses dans un certain sens, vraies et insensées dans un certain sens, fausses et insensées dans un certain sens, et enfin à la fois vraies, fausses et insensées dans un certain sens.» C’est ce que les Discordianiste appellent le «Mantra Libre» (ou gratuit, NdT) ; contrairement aux transcendantalistes, ils ne demandent pas de frais, mais insistent que le fait que répéter 666 permet d’accéder, dans un certain sens, à une Illumination Spirituelle.

Le Discordianisme a influencé de nombreux écrivains contemporains aux États-Unis, comme on peut le constater en lisant L’agent du Chaos, de Spinrad, ou l’Attraction d’un autre bord de la route, de Tom Robbins, ainsi que la fameuse Trilogie des Illuminati (écrite par l’auteur de cet article, NdT) ; l’obsession discordianiste concernant le nombre 23 apparaît aussi ces derniers temps dans un certain nombre de films hollywoodiens. Margot Adler, petite fille du psychologue Alfred Adler, a sobrement décrit la théologie discordianiste dans son ouvrage Drawing Down the Moon, étude sociologique sérieuse sur le néo paganisme aux États-Unis.

La WITCH, la Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell, (Conspiration internationale Infernale et Terroriste des Femmes) emprunte pour une grande partie à la Wicca et au Discordianisme. Même d’après les critères américains, ce n’est probablement pas une église ; elle se consacre essentiellement au théâtre de rue, soumettant à la satire les monothéismes, la domination masculine, et le pouvoir bureaucrate en général.

L’ordre du Veau d’Or a connu un bref essor, mais semble ne plus exister. Tous ses membres vivaient en Californie, à Berkeley, et possédaient une statue dorée ou en or représentant un veau, qu’ils emmenaient dans les mêmes rues où les autres sectes propageaient leur mouvement. Là ils s’adonnaient à l’adoration du Veau, en distribuant des prospectus décrivant leur idole comme «la première victime du sectarisme des monothéismes» et en pressant les autres «d’éclaircir un minimum leur truc».

Le NOORDG, autrement dit le Nouvel Ordre Orthodoxe Réformé de la Golden Dawn, dont le sigle se prononce, si on y parvient «nroogd» (en anglais) est la plus grande église païenne de Californie, bien qu’elle commençât en tant que farce et qu’elle fut répudiée par l’un de ses trois cofondateurs, le Docteur Aidan Kelly, qui fut réellement un docteur es Théologie diplômé de l’Union Theological College.

La Noordg combine certains rites de la sorcellerie druidique, de l’Église de tous les Mondes, la théologie discordianiste, ainsi que le lourd symbolisme des poèmes de Yeats – qui fut un héros de jeunesse du Dr Kelly. Même sans son ancien barde elle continue de bon gré à tourner, se réunissant dans des parcs publics pour vénérer la déesse, réciter des mantras, chanter, danser et se taper du whisky irlandais, mais aussi des produits bizarres et variés ramenés par les moins conventionnels de ses membres.

Le Docteur Kelly, récemment revenu au catholicisme romain, a déclaré : «La nroogd est une métaphore. Le catholicisme en est une autre. À la base, je suis un poète.» Si cela n’est pas assez clair, efforcez-vous, à la manière du mantra libre discordianiste, de vous le répéter 666 fois.

Le Mouvement «John Dillinger est mort pour vous», dirigé par un homme au pseudonyme de «Docteur Horace Naismith» ( supposé être l’éditeur de Playboy le jour, et un maniaque la nuit) reconnaît comme son sauveur John Dillinger, cet homme qui a braqué 23 banques et 3 commissariats de police, avant d’être abattu par des agents du FBI en 1934. Ce mouvement (du sigle de JDDFYS) orne de couronnes de fleurs et de bouquets le parterre du Biograph Theater, lieu où Dillinger a été tué d’un coup de feu, tous les ans à l’anniversaire de sa mort.

Leur principal enseignement spirituel vient de Dillinger, qu’ils appellent St John le Martyr, et consiste en cette phrase : «Allongez-vous par terre en gardant votre calme», ce que St John disait aux employés de banque nerveux avant de piller leur tiroir-caisse. Tout membre ayant été ordonné par le Dr Naismith reçoit une carte de membre qui en fait un(e) Assistant(e) Trésorier (ou Trésorière), à qui revient la charge de collecter les dîmes de nouveaux disciples assez naïfs pour rester des disciples sans devenir assistants-trésoriers en en faisant la demande écrite, adressée au Dr Naismith.

Pouvoir ! Sexe ! Succès ! Fric !

J’ai gardé le meilleur – ou peut-être le pire – pour la fin. Située à Dallas, l’Église des Sous Génies a emprunté un peu de tout à tout ce qui a été évoqué et à toute religion existant sur le globe ; elle utilise des techniques commerciales très puissantes dans la lignée des évangélistes chrétiens les plus agressifs, et vous promet, en lettres majuscules de vous enseigner le secret du POUVOIR, du SEXE, du SUCCES, et du FRIC !

Elle établira aussi un contact entre vous et des FORCES SURHUMAINES, en vous sauvant de LA CONSPIRATION, en vous montrant même comment réussir le LESTE, et obtenir quelque chose là où vous n’aviez rien.

On admet communément que cet ordre est élevé, son fondateur, JR Bob Dobbs, n’étant pas un mortel ordinaire. En réalité, il est très improbable que quiconque ait jamais vu «Bob» ; la promotion pour les sous génies consisterait à se rendre à Dobbsville, localité située quelque part en Amérique du Sud, et à survivre à une rencontre avec Bob, par le moyen d’une opération chirurgicale destinée à «ouvrir la troisième narine». Et même ceci fait, on nous avertit qu’après une telle rencontre, on court toujours le risque de revenir avec une inflammation des yeux, des maux de tête, une amnésie totale ou partielle, et d’autres symptômes typiques des rencontres extraterrestres ; en outre, il y a des chances pour que vous soyez ensuite harcelés par des agents de LA CONSPIRATION, qui viendront sonner à votre porte déguisés en témoins de Jéhovah, et tenteront de s’introduire chez vous pour vous lobotomiser.

A ce qu’on dit, J.R. Bob Dobbs a été un vendeur de fenêtres en aluminium tout à fait ordinaire, et ce jusque 1957, date de sa rencontre avec L. RON Hubbard – à l’origine de la célèbre Église de Scientologie : il a alors reçu le Secret du Pouvoir. «Bob» est désormais fabuleusement riche, peut-être même encore plus riche qu’Hubbard, et se propose de vous enseigner à vous aussi le Secret, grâce à de nombreux livres et pamphlets au prix s’échelonnant de 1 à 25 dollars. On l’admet volontiers, ses travaux métaphysiques peuvent paraître «abscons» ou «absurdes» aux non-illuminés, mais on vous promet qu’en achetant suffisamment de livres, en les stockant et en les consultant régulièrement, vous parviendrez au LESTE et à la compréhension du Secret comme de ses modes d’emploi.

Je pense avoir trouvé le Secret du Pouvoir. Il se trouve dans l’une des publications les moins onéreuses des Sous Génies, Encore plus de mots et de liesse par «Bob», où l’on peut lire «Vous avez une idée de la stupidité moyenne des gens? Eh bien, par définition, la moitié d’entre eux est encore plus stupide».

On le croise également dans des joyaux de Dobsianna tels que «Ne vous contentez pas de manger un hamburger -nourrissez-vous de l’enfer qui en ressort.», ou bien «S’ils ne rient pas à vos blagues envoyez les se faire voir», ou peut-être même dans la Devise Obscure «God à l’envers se prononce Dog, mais Bob à l’envers se prononce toujours Bob».

Si rien de tout cela ne vous mène au LESTE, vous pouvez toujours vous offrir un ouvrage plus épais, une publication des Sous-Génies certes plus coûteuse, mais contenant une cosmologie intégrale, philosophique et eschatologique, dans laquelle apparaît Jehovah1, «Dieu cosmique» échappé d’une galaxie où il était prisonnier d’une pochette surprise cinglée, Eris, la déesse du Chaos, empruntée aux Discordianistes, Spider Man, L’Incroyable Hulk, sans oublier la bataille sidérale entre Bob et LA CONSPIRATION, qui implique tous les leaders des sectes et églises rivales, en même temps que les Rockfellers, les Bilderburgers, les Illuminati, les navettes spatiales infernales, les créatures nazies de l’enfer, et les clones communistes.

On vous y prévient plusieurs fois que la fin du monde pourrait se produire demain, que cela pourrait durer plus longtemps que vous ne l’imaginiez, et être plus douloureux que quiconque n’est en mesure de se le représenter, mais cela importe peu pour celui qui a le LESTE.

Avoir le LESTE -comme l’illumination dans le mysticisme oriental, ou le ça dans le Séminaire de formation de Erhard, ne peut être décrit avec des mots, ou compris par l’intellect – on ne peut qu’en faire l’expérience. Cela implique de comprendre qu’il existe dans l’univers deux forces opposées radicalement, en même temps que complémentaires, comme le yin et le yan chinois, ou le MELI et MELO discordianiste. Ces deux forces en fait sont l’Étant et le Néant ; et c’est pour cela qu’en effectuant un simple tour d’horizon vous apercevrez toujours le quelque chose à l’arrière-plan du rien.

Lorsque vous êtes en harmonie quelque part entre le quelque chose et le rien, vous avez le LESTE, et vous pouvez substituer l’Étant au Néant, et devenir aussi riche que «Bob», que Rajneesh, que Ron Hubbard, ou le Pape.

Autrement dit, ainsi que «Bob l’a quelque part résumé, «Bordel, c’est encore plus relatif que Einstein ne l’avait dit».

Alors que dans le monde profane, Bob reste en retrait et invisible, l’Église des Sous-Génies fait fonctionner une boîte postale (P.O.BOX 140306 à Dallas) où deux agents promotionnels locaux ramassent le courrier pour, je suppose, le refiler à «Bob».

Curieusement, il existe déjà un mouvement «Stamp our Bob», SOB, («Écrasons notre Bob», jeu de mots avec «sob» qui signifie en anglais «larmoiement» ou «sanglot») ; ce mouvement distribue de la propagande anti Sous-Génie, en avertissant les populations que ce «culte du mal» n’est qu’un business. On peut leur commander un tas de littérature éducative anti Bob, pour 15 dollars envoyés à SOB, P.O.BOX 140306 à Dallas ; en passant, il semblerait que la boîte postale soit exactement la même que celle de «Bob» – bizarre, non?

L’Église des Sous-Génies prétend réunir 10 000 000 fidèles, mais pour parler franchement, j’en doute fort. De nombreux membres cependant appartiennent à de hautes sphères d’influence, comme cela s’est vu il y a peu lorsqu’Atari a mis sur le marché son nouveau modèle Jackintosh. En faisant fonctionner un programme normal avec le Jackintosh, brusquement, les utilisateurs pouvaient voir la machine imprimer cent images représentant JR «Bob» Dobbs lui-même. L’entreprise Atari enquête toujours à l’heure actuelle pour savoir qui de leurs employés a pu glisser ce bug dans le logiciel.

La nouvelle religion comme plaisanterie compliquée

En tant que journaliste d’investigation aux États-Unis, j’ai pu rencontrer un grand nombre de ces chefs d’Églises ou gourous. Je les ai trouvé plus intelligents et plus éduqués que la moyenne des gens, et souvent plus jeunes (l’âge moyen est en dessous de la trentaine, même si on en croise de plus de quarante ans) ; ce sont souvent de vrais érudits en matière d’anthropologie, d’histoire des religions, et surtout de science-fiction. Il se rendent d’ailleurs aux colloques sur le sujet avec plus de dévotion encore qu’aux offices et aux célébrations de leurs Églises.

Nombre d’entre eux travaillent dans l’industrie informatique, d’autres dans le domaine des loisirs ou des arts. Ils appartiennent souvent en même temps à deux ou plusieurs de ces mouvements ou sectes, et peuvent s’être impliqués dans certaines mystiques orientales. Une énorme majorité d’entre eux appartient aussi à la Société pour les Anachronismes Créatifs, qui tient des «foires» dans pas mal d’endroits aux États-Unis, et lors desquelles les participants s’habillent et agissent comme des gens du siècle dernier ou du futur, et où chacun crée son tunnel de réalité bien distinct. Souvent, ils sont à la fois pour l’écologie et pour la technologie – «technologie appropriée» est un de leur terme à la mode, suivi par «synergie» et «holisme». Lorsqu’on leur demande à quel point ils sont sérieux, ils ont pour habitude de répondre que puisque les humains ont besoin d’une religion, ils s’appliquent donc à créer une religion relativiste pour une ère scientifique.

Malaclypse le jeune précise: «Nous n’avons pas élaboré une plaisanterie compliquée déguisée en religion. Nous avons élaboré une religion déguisée en plaisanterie compliquée».

Quand est-ce que tout cela pourra avoir une influence sur l’Irlande? Eh bien, ici il y a déjà le culte de Krishna, les gens de Rajneesh, les témoins de Jéhovah, et les religions établies, sans oublier certains sorciers locaux. Quelque frustrant que cela puisse être pour le Révérend Dr Mc Namara, je ne peux pas croire que les Discordianistes, les Sous-Génies ou même les druides réformés puissent être loin derrière.

Le romancier Robert Heinlein, qui a aidé à ce que tout cela démarre avec la religion martienne d’Étranger en Terre Étrange, nous a même fourni un argument tendant à montrer que toutes ces métathéologies peuvent toutes être également vraies, dans un roman paru récemment, le Nombre de la Bête. Avec son imaginaire mathématique, Heinlein postule un continuum espace-temps sexadimensionnel, dans lequel coexistent des univers parallèles du nombre de six puissance six à la puissance six. C’est un nombre puissamment grand (essayez de le calculer) ; Heinlein postule que chaque univers débute en tant que vide et qu’il se remplit à la condition que les humains inventent des choses qui n’existaient pas auparavant.

Ainsi, toute idée même la plus absurde, est vraie dans un univers donné, quelque part dans l’espace-temps, et la «réalité» ne peut être décrite que comme un Solipsisme Panthéiste à Ego Multiples ; en d’autres termes, chaque esprit est à l’origine de son propre univers.

NOTE, AVERTISSEMENT, CONSEIL DE LA TRADUCTRICE : «Un coup de dès jamais n’abolira le Hasard», CQFD

Titre original : « Religion , For the Hell of It », par Robert Anton Wilson. Première édition: Hot Press – Dublin, Ireland (1986). Ce texte se trouve également l’ouvrage Coincidance de Wilson, New Falcon Press. Traduction française par Aurora pour le site KAosphOruS. Lire le texte original sur le site Positive Atheism.

Illustration : Image extraite du site United Mask & Party Manufacturing, Inc.

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