Love Under Will

Par Phil Hine

« Je suis la flamme qui brûle dans tout cœur d’homme, et au noyau de chaque étoile. Je suis la Vie, et le dispensateur de Vie, cependant par là même la connaissance de moi est la connaissance de la mort. » Liber AL,II,6. (traduction Mathieu Léon et Philippe Pissier)

Love Under Will
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À une époque où la Magie est supposée vivre une renaissance, avec des concepts et des techniques présentées de façon ouverte et claire, la Magie sexuelle reste coincée entre « glamour » et idées fausses. Il y a peu de matériel publié, il me semble, qui parle clairement de ce sujet. C’est souvent que la Magie sexuelle est enveloppée (parfois « noyée ») d’à cotés symboliques et d’allusions. Pour commencer, qu’est-ce qui constitue un acte de Magie sexuelle ? Une définition large est : c’est l’exploitation de sa sexualité avec l’intention (littéralement « Love under Will ») d’apporter un changement. Cela implique bien autre chose que de vagues mélanges de baguettes, coupes, bâtons et roses. La chasteté, en tant que décision consciente de ne pas être sexuellement actif, peut être autant un acte de magie sexuelle qu’une ritualisation d’un rapport sexuel ou de la masturbation. Le postulat de la Magie sexuelle est de comprendre et d’expérimenter la sexualité comme « sacrée » ou « magique ». La sexualité est probablement le plus puissant moyen de transformation, de découverte et de connaissance que possède l’humanité. C’est pourquoi la sexualité est effectivement « mise sous clef » par notre société. L’attitude judéo-chrétienne vis-à-vis de la sexualité est devenue enfouie profondément dans la psyché, jusqu’au fait où beaucoup d’entre nous ressentent que l’expression de la sexualité est « naturellement » suivie par la honte et la culpabilité. Pour un chrétien la sexualité ne peut jamais être entièrement pure, même dans le cadre confiné du mariage. Le développement de la « société permissive » est supposé nous avoir délivrés des contraintes du passé et des inhibitions, mais est-ce vraiment le cas ? La sexualité est devenue une autre marque de conformisme, une autre source de statut. Bien que nous tendions à regarder notre propre nature sexuelle en terme de vie privée et d’état naturel, c’est le cadre d’un grand réseau d’interférence et de manipulations par des agents externes. Il y a un impératif culturel apporté par les médias qui exige que nous soyons bons au niveau sexuel, que le succès dépende du nombre d’orgasmes que nous pouvons soutirer de notre partenaire, ou même du nombre de partenaires que nous avons. Pour la plupart d’entre nous, la sexualité est un moyen majeur d’acquérir un statut et un pouvoir égocentrique, associé avec l’imposition de notre volonté sur les autres. Le facteur clef en cas de viol par exemple, apparaît être que le mâle démontre son pouvoir sur une autre personne (une femme ou un homme plus faible). La société agit pour canaliser l’énergie sexuelle en des formes acceptables, celles qui maintiennent l’aliénation comme le Romantisme ou la Pornographie. Bien plus puissantes et invasives que n’importe quel incube médiéval sont les névroses, obsessions et actes de violence qui semblent être l’inévitable résultat de ce nihilisme sexuel. Une caractéristique de cette profonde sexualité égocentrique est que le partenaire est considéré à peine plus qu’un instrument pour satisfaire nos propres besoins (physiques ou de statut). Les émotions humaines sont aliénées dans l’embrouillamini de gratifications consuméristes, en biens, richesse, succès, et la conquête des orifices des autres. Ces impératifs culturels, avoir du succès et des objectifs dans chaque part de sa vie, est si profondément nichée que nous avons seulement tendance à remarquer ses manifestations les plus évidentes. Ils peuvent facilement passer inaperçus dans le domaine si personnel où nous plaçons notre propre sexualité, et aussi important notre sens de la « spiritualité ». Comme résultat de cette emphase culturelle placée sur l’atteinte d’objectifs, l’occultisme occidental est aussi orienté sur l’atteinte d’objectifs. La magie sexuelle occidentale ne fait pas exception. Il y a une tendance à considérer la Magie sexuelle comme un bon moyen d’acquérir des biens, des richesses, ou des « pouvoirs », et il y a une grande emphase placée sur la nécessité de la visualisation, l’inhibition de l’orgasme et la concentration mentale, plutôt que sur la conscience corporelle et le plaisir. Cela semble être très clinique et étroit comme approche du potentiel sexuel comme Zach Cox le disait ( dans Aquarian Arrow 22) « comme utiliser un microprocesseur comme bloque-porte ».

Une partie du problème provient du fait que la Magie sexuelle occidentale est enracinée sans les idées d’Aleister Crowley, qui est souvent tenu pour un parangon de la « nouvelle sexualité ». Cependant, la « Pansexualité » telle que Crowley la concevait n’implique pas automatiquement une totale libération sexuelle. Bien qu’il est été un grand innovateur, Crowley a été incapable de se désengager des valeurs de son époque concernant la sexualité. Sa philosophie sexuelle montre une attitude typiquement dualiste vis-à-vis des femmes, plaçant sa « femme idéale » sur un piédestal, en étant incapable d’accepter les femmes en tant qu’égales. Des exemples de son égocentrisme ne sont guère difficiles à trouver : « Vers 20h45, j’étais au 34 St & Broadway, cherchant une âme sœur, une fiancée qui me soit destinée, une affinité, un ego proche, etc. ; et j’ai considéré que les conditions seraient satisfaites par un quelconque orifice où je pourrais plonger mon pénis, à un coût n’excédant pas 2,50$. » Rex De Arte Regia.

L’approche de Crowley de la Magie sexuelle semble avoir été entièrement tournée sur des résultats à atteindre, avec son cortège d’opérations concernant l’argent, la fascination, le succès, la jeunesse et l’énergie magique. Il implique que dans un tel travail la partenaire est secondaire à la volonté du Mage, la sélection d’une partenaire appropriée étant laissée à un caprice inconscient. Malheureusement, pour les occultistes d’aujourd’hui, il y a peu de matériel disponible concernant le travail et les idées des femmes ayant travaillé avec le système de Crowley. Sans doute, une bonne part de l’attraction exercée par Crowley en tant que gourou provenait de son attitude soutenant les valeurs masculines égocentriques vis-à-vis de la sexualité. Tout le matériel couramment disponible sur le sujet de « l’aptitude » des partenaires est orienté d’un point de vue masculin, et continue à maintenir le déséquilibre. D’un côté, nous avons l’attitude de Louis T. Culling : « Souvent, une femme ayant étudié l’occultisme devient impossible, parce qu’elle a trop d’idées préconçues qui ne sont pas en accord avec son rôle de bonne et coopérative partenaire. S’il y a un rapport possible, la femme devient automatiquement réactive aux aspirations du mâle, et après que cela soit fait, il serait très aisé de lui donner une explication et la compréhension des aspects magiques. » A Manual of Sex Magick, p25.

De l’autre coté, il y a l’implication de Kenneth Grant que le Tantra est impossible de nos jours, en raison d’un manque de partenaires aptes : « Les femmes occidentales qui possèdent les qualités requises sont rares, et elles n’ont pas les avantages héréditaires de l’initiation aux techniques occultes – comme certaines femmes africaines ou orientales – l’impact soudain de l’énergie magique sur leur personnalité tend à déranger leur santé mentale. » Aleister Crowley & the Hidden God, p84.

Grant note qu’en accord avec les pratiques tantriques, la Femme est l’initiatrice de l’Homme, mais semble garder l’opinion que de telles femmes sont rarissimes en Occident. Bien que le gros de son œuvre soit tourné vers la construction d’une métaphysique sexuelle basée sur les propriétés occultes des menstruations, cela reste distant de la Femme, dans le fait qu’il y a beaucoup de références à propos de la Femme en tant que prêtresse ou Suvasini, mais quasiment rien qui viennent des femmes elles-mêmes sur ce sujet. Le focus sur cet aspect « d’aptitude » des partenaires est entièrement tourné en terme de métaphysique occulte. Nulle part n’est mentionné qu’il puisse être bénéfique pour ceux concernés de travailler sur leur propre conditionnement sexuel ou émotionnel, ou que la sensitivité empathique et même la compréhension des besoins et sensations des partenaires pourrait être fabuleux. Ce sont ces simples qualités humaines qui sont perdues dans le vaste édifice symbolique que Grant a construit. On peut ressentir que ceux qui ne font pas partie de ces « secrets » ne sont pas considérés en terme d’initiation. Les expériences initiatiques dans d’autres aspects de la vie que l’occulte semblent ne pas avoir d’importance. Avec cette attitude il ne semble pas que des « prêtresses » du moins telles que Grant les dépeint, vont re-émerger, tant les femmes semblent tacitement exclues d’un rôle égal aux hommes, comme celui-ci qui a érigé le métasystème à la première place : « As it is we can but preserve the formula, confident that the present magical revival will discover genuine Priestresses to serve our mass. » Aleister Crowley & the Hidden God.

Étant donné les développements courants dans les consciences des hommes et des femmes, c’est plutôt comme si les « prêtresses » étaient au-dehors nous attendant pour avoir cet acte ensemble ! Il semble être un trait de la magie d’inspiration masculine, que l’emphase est portée sur la construction de ces lourds métasystèmes intellectuels, qui sont retirés de la vie de tous les jours. En contradiction avec ceci, les « mystères féminins » semblent tourner autour d’aspects de l’expérience quotidienne – naissance, sexualité, création, menstruations, et mort. La « Haute Magie » apparaît largement concernée avec l’action dans un univers intérieur abstrait qui a peu de points de contact avec la conscience quotidienne. Je sens que cette distinction doit être plus emphatique, car l’aspect complet de la magie change. Il y a un mouvement qui sort de ce processus de développement, vu purement en termes occultes, qui n’a rien en commun avec les autres aspects de la vie. Cette attitude traditionnelle est supplantée par l’idée que la Magie est pleinement intégrée dans un processus de transformation personnelle. Il y a eu une transformation du pouvoir de la magie, en se connectant, en communiquant, en guidant, soignant, et en se rapprochant les uns des autres, plutôt qu’une initiation intérieure entièrement personnelle. Comme l’aspect général de la Magie change, il y a eu aussi un changement des attitudes envers la Magie sexuelle. Des prémices de ce changement peuvent se discerner dans les écrits de Dion Fortune. Son influence sur le développement de la Magie sexuelle occidentale vient de ses romans plus que de ses travaux non fictifs. Le thème sous-jacent de son travail, particulièrement « The Sea Priestress » et « Moon Magic » concerne l’intense communion réalisée par le partenariat entre un homme qui est en quelque sorte « blessé » et une femme qui, pour suivre sa propre intention magique, prend le rôle de l’initiatrice. La prêtresse « Vivien Morgen » choisit son partenaire, l’initie, puis se retire. Les écrits de Fortune montrent des niveaux de sentiments, d’intuition et de cycles qui sont absents des écrits de ses contemporains masculins. Il y a une fine compréhension de la façon dont le développement « magique » et le relationnel s’enrichissent pour changer la vie en général. L’approche de Fortune de la Magie sexuelle est plus concernée par la transformation personnelle que l’atteinte d’objectifs. Son traitement de Pan par exemple, dans « the Goat-foot God » est plus axée sur l’inspiration et la conscience d’un Grand Tout que le Pan phallocentrique, et en rut qui identifie l’approche de Crowley de la Sexualité.

Le retour des Déesses

Depuis les deux dernières décennies, une des plus vieilles influences culturelles de l’humanité a commencé a se réaffirmer dans le retour des Déesses. Dans la sous culture occulte cela s’est manifesté avec la croissance de la Wicca et du paganisme-écologiste, et dans une plus vaste perspective avec la montée du féminisme et l’expression de la conscience féminine. La Wicca place une grande emphase sur la Magie sexuelle. Doreen Valiente, dans « Witchcraft for Tomorrow » relève les similitudes apparentes entre la Sorcellerie et le Tantra : l’emphase sur l’équilibre entre les sexes, le rôle central de la prêtresse comme initiatrice et représentante de la Déesse. Le focus de la Wicca est dirigé vers l’extérieur, dans la Nature et la conscience des cycles (à la fois intérieurs et les rythmes naturels), plus que dans une métastructure hautement abstraite. Ainsi, l’emphase placée sur la Magie sexuelle est à travers des rites de fertilité et des participations aux changements de saisons. Certains écrivains wiccans voient leur attitude envers la Magie sexuelle comme le « Hieros Gamos », le mariage sacré entre l’humanité et les Dieux. Il y a aussi l’idée de la Magie sexuelle comme moyen de « passer le pouvoir entre l’initiateur et le nouvel initié » (Galadriel, dans The Lamp of Thoth, Vol1 N°2). Encore une fois cela confirme un changement envers la sexualité, considérée ici comme un processus d’engagement plutôt qu’une autre technique pour obtenir des résultats concrets. La montée du féminisme est aussi un facteur important pour considérer les changements majeurs de la Magie sexuelle. John Rowan (1987) le dit en ces termes : « … Les femmes commencent à remarquer que la chose dans son ensemble (c’est-à-dire la Révolution sexuelle contre l’attitude victorienne) a été organisée par des hommes, avec des suppositions et des valeurs masculines, pour le bénéfice des hommes. La façon dont les femmes étaient supposées y participer était en se comportant comme des hommes chaque jour. » The Horned God.

La croissance de l’idéologie féministe a vu les femmes exiger une définition dans leurs propres termes, et une reconnaissance d’une culture féminine qui est aussi importante que la culture masculine. La conscience de la nécessité de ce processus a été croissante, pas seulement au niveau politico-social, mais aussi au niveau du comportement spirituel. Cela a montré les omissions flagrantes dans les « traditions » des systèmes occultes dérivés du patriarcat. Il y a maintenant une résurgence de la Femme se redécouvrant, et retrouvant ses « propres » mystères comme énoncés dans les travaux de Lynn Andrews, Barbara Walker et Monica Sjoo et les autres. Une passerelle particulièrement importante pour le développement de la Magie est le travail de Starhawk, qui apporte une approche féministe au développement spirituel/transpersonnel pour les femmes et les hommes. Son livre « Dreaming the Dark » connecte les valeurs de la Wicca avec un courant féministe/thérapeutique. La sexualité est vue en termes bien plus larges que techniques et métaphysiques ( qui peuvent être vus comme liés par des valeurs masculines de pouvoir et de prouesses). Starhawk a écrit l’hypothèse que les archétypes des Déesses et du Dieu Cornu peuvent apporter une re-évaluation possible des hommes et des femmes, — sans les contraintes de la culture patriarcale. L’exploration de sa propre sexualité à travers ces archétypes est une façon de transcender nos blocages culturels à propos de la masculinité et de la féminité. La sexualité est comprise comme un « profond pouvoir connectant » (Starhawk,1982). C’est un grand écart par rapport à l’éthique « traditionnelle » de la Magie sexuelle. Le focus est passé d’une approche morcelée de la magie sexuelle comme un corpus de techniques, à une emphase regardant la sexualité comme un des aspects d’un complet processus de transformation. C’est très proche de l’idée de la Sexualité en tant que moyen de « libération » mentionné plus tôt. Mais bien sûr une telle libération n’est pas seulement spirituelle, mais sexuelle, sociale et politique.

Sexualité et Intimité

La magie sexuelle comme chemin de libération est une idée maîtresse dans la philosophie tantrique, mais elle ne semble pas avoir été largement explorée dans la Magie occidentale. Cela implique une redéfinition des stéréotypes de genres, explorer le relationnel sans les confinements culturels, et explorer la sexualité personnelle. Explorer la sexualité devient un moyen de connaissance, à la fois de Soi et des autres. Cette Gnose (connaissance du cœur) peut nous sortir des normes culturelles et de nos limitations pour nous engager activement dans la réalisation de l’individu postpatriarcal. Très lié à ce processus, la redécouverte de l’amour libéré de son emprisonnement dans le Romantisme-consumériste. Les idées occidentales sur l’amour sont graduellement devenues voilées par le concept de possession égotique, et le langage de l’amour est équivalent dans une large mesure au langage de la possession. L’amour lié par des règles, devoirs, morales et projeté par la télévision et me commerce entretient l’aliénation des hommes et des femmes pour eux-mêmes et entre eux. Le pouvoir de transformation de l’énergie sexuelle qui devient destructeur maintient la distance qui sépare les uns des autres, l’esprit et le corps, Ego et Exo. Cependant, il est possible de découvrir l’amour en dépit de ces liens culturels. C’est l’expérience de l’amour comme une qualité intérieure spirituelle. De nouveau cette idée est emphatique dans le Tantra, mais pas dans la magie occidentale (jusqu’à récemment). Cela apparaît dans le concept des Cours d’Amour idéalisées par les troubadours européens, considérés comme hérétiques par l’église. Cet « amour sublime » est décrit comme une force positive qui nous rapproche des autres, les emmenant dans un voyage de développement. La clef de « l’amour sublime » est la « profonde confiance et l’intimité » expérimentée par les partenaires. C’est à nouveau un rappel d’une idée tantrique que les partenaires dans leurs actes de Magie sexuelles soient « enamourés » l’un de l’autre. Cette reconnaissance tend à être formellement restreinte au statut que la magie sexuelle soit seulement valide quand effectuée par un couple établi dans une relation durable (mariés), ou sinon cela devient quelque chose de « noir ». Cela réfère bien entendu à la Magie sexuelle purement en termes d’activité génitale. Cependant, quand le point de vue passe d’une vision étroite de la sexualité, à une vision de l’intimité (dont le sexe physique est seulement un aspect), cela ouvre aussi ma possibilité d’une intimité dans les relations autres que celles de l’exclusivité conventionnelle. L’intimité proche peut se développer dans un groupe magique, sans que cela implique obligatoirement de l’échangisme ou des partouzes. L’intimité et la profonde confiance dans un groupe sont de puissants générateurs d’une gestalt de groupe qui agit comme un clan ou une tribu pour chaque participant. Pour le puritain, cela semblera être une excuse pour des orgies, mais l’exploration de l’intimité peut mener un grand sens de la participation à la fois dans le groupe, et plus largement le processus de transformation. L’emphase est placée sur la croissance mutuelle et le développement, plutôt que sur la poursuite de conquêtes sexuelles qui apparaît être sous-entendue dans bien des groupes occultes, où les à-côtés de la dynamique sexuelle (attraction, anxiété, jalousie) qui se développent quand les membres sont attirés envers d’autres en dehors de leurs relations habituelles, peuvent rapidement détruire la cohérence du groupe. Le sexe ritualisé dans un groupe est seulement destructeur quand il y a un manque de confiance et d’intimité entre ceux qui y prennent part. Un psychologue américain, Mosher (1980) dans ses recherches sur l’intimité a trouvé que le niveau d’intimité que les personnes expérimentent est fonction du degré d’expression, de conscience et de contact interpersonnel qui est expérimenté durant les rapports sexuels. D’après Mosher, il y a trois niveaux d’intimité : Ego-centrée, centrée en surface, et centrée au cœur (Ego-centred, Surface-centred, Core-centred). Une participation égocentrée concerne uniquement les gratifications égocentriques, le partenaire est un instrument qui remplit des besoins physiques ou de statut. Une intimité centrée en surface, se concentre sur la performance sexuelle et le plaisir à la fois le sien et celui du partenaire. Une intimité centrée au cœur cependant est caractérisée par le désir de s’ouvrir complètement à l’autre, ou au point culminant d’expérimenter la félicité et de perdre les limitations de l’ego. Il y a aussi l’implication qu’une fois atteint un degré d’intimité, les expériences futures ne seront pas satisfaites d’un niveau d’intimité « inférieur ». C’est cette expérience de la sexualité qui correspond le mieux à l’extase sexuelle tantrique. Mais dans la société occidentale, l’énergie libérée par de telles expériences tend à être dispersée dans les canaux culturellement acceptés d’expressions, ceux qui maintiennent les liens de l’intimité égocentrique. L’attachement en termes de possession, avec ses pendants l’anxiété et la névrose. Si ces contraintes peuvent être transcendées (ce qui objectivement prendra beaucoup de temps et d’efforts) alors l’intensité générée peut faciliter la cassure avec l’inertie imposée par la société. Les amants peuvent trouver assez de support et d’énergie en eux même pour rejeter les limitations culturelles et chercher de nouvelles formes de vie, libres d’aller dans n’importe quelle direction. Objectivement, le sexe extatique ne peut pas à lui seul débarrasser d’une vie entière de conditionnement, mais il peut être une impulsion pour un pus grand développement dans toutes les parties de la conscience. L’extase sexuelle est une puissante gnose pour imprimer une nouvelle vision de la réalité, comme le reconnaît Timothy Leary dans sa théorie des circuits neurologiques. Une première expérience de l’extase est souvent le « déclencheur » pour un voyage de transformation individuelle, et chaque expérience conséquente d’extase, fournit de nouvelles impulsions au processus. C’est la « chaleur » générée par ce processus alchimique qui fait se déplacer la psyché d’une condition d’identification statique (Ego centrique) à une condition d’engagement et de flux (exocentrique). Starhawk a écrit à propos de cette alchimie sexuelle : « … un échange d’énergie, une nourriture subtile, entre les personnes. À travers la connexion de l’un à l’autre, on se connecte avec tout. » The Spiral Dance.

Il est important de noter que les structures psychiques ne peuvent pas être entièrement défaites par le processus de transformation, mais elles peuvent être reconstruites et remplacées par des structures plus adaptables, ouvertes au changement et à l’incertitude. Pour les hommes cela implique le « lâcher-prise » de l’ego masculin, ce que Hohn Rowan appelle « se rendre à la Déesse ». « Expérimenter la Déesse à travers nous, complète les hommes et les emmène dans notre monde. » Alathea the Shamoon.

Cette « reddition » ou ce sacrifice de la volonté est le début d’un processus de mort psychique, qui amène finalement à une renaissance dans un monde de participation et d’engagement. Pour les hommes, cette rencontre psychique avec le pouvoir des Déesses — dans la forme de la Noire Destructrice (par exemple Kali, Hécate ou la Morrigane) a un potentiel transformant très puissant. La Déesse dans son aspect sombre est la porte vers le « monde d’en dessous », le lieu de la dissection psychique et de la restructuration. Cet aspect de la Femme apparaît dans les cultures patriarcales dans l’image fantaisiste de la Femme désinhibée sexuellement, liée aussi à l’image créatrice d’anxiété de la femme castratrice et dévoreuse. Si la volonté peut être dirigée vers le changement, alors chaque processus magique impliquant une restructuration magique peut diriger le changement vers des aspects extérieurs de la vie — interpersonnels et sociaux. Le pouvoir des déesses (Shakti en termes tantriques) expérimenté par les hommes nous ouvre à une expérience d’« empowerment » (pouvoir non défini en termes masculins). Nous pouvons reconnaître que les possibilités de transformations sont enfouies en nous, ce qui nous amène à projeter des besoins égocentriques sur les femmes. La réalité de cette expérience avec la Déesse est difficile à nier ou à rationaliser, car elle est immédiate et ressentie au plus profond. Cette expérience de la Devi est sûrement le commencement de la perte de nos conditionnements culturels. C’est une part du douloureux processus d’absorption et de renaissance — une renaissance dans la participation.

Et ensuite ?

La libération implique la liberté entière de l’être, à tous les niveaux, dans toutes les façons d’agir. C’est un changement qui est fondamental et total. Ce n’est pas assez d’ignorer, ou d’essayer et souhaiter sortir de notre situation actuelle. La nécessite de « l’obéissance à la conscience » est réactualisée à chaque fois que nous plongeons la tête la première dans l’autodestruction. De bien des manières, cet essai est un état de mes vues personnelles sur la Magie sexuelle, comme voie de recouvrir, énergiser, et réaliser notre potentiel d’évolution en tant qu’êtres humains. Les aperçus gagnés à travers le processus de transformation nous donnent des visions des possibilités futures, vers lesquelles nous pouvons essayer d’aller ensuite. À l’instant nous savons peu de choses de ce que signifie être un homme ou une femme en dehors des limitations du patriarcat. Croître, ou évoluer est difficile et douloureux, mais nous ne pouvons pas y résister cependant. La Magie est une avenue possible par laquelle nous pouvons après une première vision, réaliser ensuite les possibilités. C’est pour moi la nature essentielle de « Love Under Will ».

Bibliographie :

Aquarian Arow magazine, n°22

– Aleister Crowley –De Arte Regia, Liber Agapé

– Louis T.Culling — A Manual of Sex Magick

– Kenneth Grant – Aleister Crowley & teh Hidden God

– Mike Magee — A lecture on Tantrika ( in VITRIOL magazine n°2)

– Alan Richardson- Dancers to the Gods

– John Rowan- The Horned God

– Starhawk – Dreaming the Dark, The Spiral Dance

– Katon Shual – Sexual Magick & Sexual Politics (in Nuit-Isis magazine issues 1&2)

– Doreen Valiente – Witchcraft for Tomorrow

Love Under Will. Phil Hine © (http://www.phhine.ndirect.co.uk/) – Cet article est apparu pour la première fois dans Chaos International magazine, numéro 4, 1988. Traduit et adapté par Frater Eradikator & Amorgen Dubhart. Nov.2002 ev. Parution web sur Esoterika (http://www.esoterika.org) et Le Bouleau d’Argent (http://dubhart.free.fr)

Notes des traducteurs :

Ce long essai de Phil Hine a nécessité une traduction « à quatre mains » la partie le retour des Déesses ayant été faite par Amorgen Dubhart. Cet essai est aussi publié sur son site, je l’enverrai quant à moi sur des ML chaoticiennes. La connaissance, la réflexion, doivent se diffuser…

Illustration : Ex-libris of Sweet Snail, Franz von Bayros. Domaine Public.

Nouvelle version de KAosphOruS, le WebZine Chaote francophone.Ce projet est né en 2002 suite à une discussion avec un ami, Prospéro, qui fut à la source d’Hermésia, la Tortuga de l’Occulte. Le webzine alors n’était pas exclusivement dédié à la Magie du Chaos, mais après la disparition de son fondateur, il a évolué vers la version que vous pouvez aujourd’hui lire.L’importance de la Chaos Magic(k) ou Magie du Chaos grandit au sein de la scène magique francophone. Nous espérons apporter notre clou au cercueil… Melmothia & Spartakus FreeMann

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