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Les Champignons & l’Evolution [2eme partie]

Déposé par dans 8 juillet 2004 – 15 h 07 min

magicmushrooms02Par Terence McKenna

Je suis persuadé que c’est la profondeur de la relation entre un groupe humain et la gnose de l’esprit végétal, la collectivité Gaïenne de la vie organique, qui détermine la force de la connexion du groupe à l’archétype de la Déesse, d’où une organisation sociale basée sur le partenariat. La dernière fois que la tendance dominante de la pensée Occidentale fut rafraîchie par la gnose de l’esprit végétal, eut lieu à la fin de l’Ere Hellenistique, lorsque les chrétiens barbares et fanatiques supprimèrent définitivement les mystères d’Eleusis (Wasson et al., 1978).

L’église Médiévale, qui instaura l’Inquisition et ses bûchers, attribuait au diable toutes les formes de magie et de perturbations – voilà pourquoi l’église censura la connaissance de plantes telles que le datura, la belladone, l’aconit, et le rôle qu’elles-ci pouvaient jouer dans les rassemblements nocturnes des pratiquants de la sorcellerie. On ne voulait pas d’un diable si ridicule qu’il en était réduit à passer par de simples herbes pour faire fonctionner ses charmes. Le diable doit au contraire être un ennemi valable du Christ, c’est pourquoi il est presque son égal (Duerr, 1985).

Ma conclusion est que l’échelon évolutionnaire suivant, le Renouvellement Archaïque, la Renaissance de la Déesse, et la fin de l’histoire profane constituent des étapes qui contiennent implicitement la reconnexion à l’esprit végétal, ainsi que son développement. Ce même esprit qui nous a initiés au langage et à la prise en considération du soi, nous offre maintenant les paysages illimités de l’imagination. Sans cette relation avec les exopheromones psychédéliques qui régulent notre relation avec le royaume des plantes, nous ne pourrions pas comprendre l’objectif planétaire. Et la compréhension de l’objectif planétaire est la plus importante contribution que nous pourrions faire au processus évolutif. Retourner dans le partenariat planétaire signifie échanger le point de vue de l’ego contre la compréhension translinguistique et intuitive de la matrice maternelle.

Le peuple de Çatal Hüyük et d’autres peuplades de Mésopotamie coexistèrent sans problèmes dans l’ancien Moyen Orient durant une longue période, pratiquant leur religion de la Terre Mère. Puis, il y a environ cinq à sept milles avant notre ère, un peuple différent, possédant des chariots à roues, le patriarcat, et des rites impliquant des sacrifices de chevaux, vint de la Mer Caspienne pour se disséminer en Turquie, en Anatolie et dans les régions qui sont désormais l’Irak et l’Iran ; ils ont fait connaissance avec les habitants des plaines, pastoraux et utilisateurs de champignons. Wasson suggère que ces envahisseurs étaient les peuplades porteuses du soma. Selon lui, le soma, la plante intoxicante des hymnes védiques, pourrait être l’Amanita muscaria. Un culte mystérieux du champignon aurait ainsi été importé des forêts d’Asie Centrale par les peuples aryens qui se seraient finalement établis en Inde.

Le problème dans cette hypothèse est que l’A. muscaria n’est pas un hallucinogène visionnaire fiable. Il s’est avéré difficile d’obtenir une intoxication extatique régulière avec l’Amanita muscaria. Ce problème a fait couler beaucoup d’encre. Certains ont suggéré qu’il fallait broyer l’A. muscaria dans du lait caillé de manière à carboxylaser la muscarine, le principe actif, en muscamol, le composant hallucinogène. D’autres proposent de le faire sécher ou griller et de le laisser vieillir pour qu’il devienne efficace et ne soit plus toxique. Cependant, le muscamol n’est pas un hallucinogène puissant même utilisé pur. Wasson était sur la bonne piste, en reconnaissant la capacité de l’Amanita muscaria à induire le sentiment religieux et l’extase, mais il ne prit pas en compte la stimulation linguistique et imaginaire inhérente aux champignons africains contenant de la psilocybine dans l’évolution de la mycolatrie du Vieux Monde.

Nous savons qu’au moins un champignon à psilocybine, le Psilocybe cubensis ou Stropharia cubensis, se développe sous les climats tropicaux et pousse dans les régions chaudes et humides, là où le bétail de type Bos indicus est présent. Ceci soulève plusieurs questions. Le P. cubensis pousse-t-il uniquement dans les bouses de Bos indicus, ou également dans celle d’autres animaux ? Depuis quand s’est-il installé dans ses diverses zones de développement ? Le premier spécimen de Psilocybe cubensis fut collecté en 1906, à Cuba, par Earle, alors que la théorie botanique courante situe l’origine de ces espèces au Cambodge. Lors d’une fouille archéologique en Thaïlande, dans un site du nom de Non Nak Tha , daté de 15 000 ans avant notre ère, des ossements de Bos indicus ont été découverts près de tombes humaines. Certains os étaient brûlés au centre, ce qui indique qu’ils servirent de chillums pour brûler et vraisemblablement fumer des produits végétaux. Les chillums du type de Non Nak Tha sont toujours utilisés de nos jours par les yogas-sadhus de l’Inde. Le Psilocybe cubensis est aujourd’hui commun dans la zone de Non Nak Tha.

À quel moment, alors, le P. cubensis a-t-il atteint le Nouveau Monde ? Au Sud du Mexique, qui correspond à la zone de culture Maya, les indigènes utilisent un certain nombre de champignons contenant de la psilocybine, comme le Psilocybe mexicana, le P. aztecorum ou le P. maztecorum. Ces champignons constituent le complexe champignon mexicain découvert par Valentina et Gordon Wasson au début des années cinquante. Le Psilocybe cubensis pousse également dans ces régions, et il est particulièrement prolifique à Palenque. Palenque est un site incluant les ruines de l’une des plus belles cités de l’apogée maya. De nombreuses personnes ont pris des champignons à Palenque et elles ont eu l’impression qu’elles ingéraient le sacrement du peuple qui édifia cette fabuleuse cité Maya, abandonnée au septième siècle, mais cette idée est contestée par les botanistes modernes. Nous ne pouvons pas être certains que le P. cubensis était le champignon sacré des Mayas. Les botanistes orthodoxes prétendent que le P. cubensis est arrivé dans le Nouveau Monde avec la Conquista, qu’il fut amené par les Espagnols et leur bétail. En l’absence de déchiffrage des hiéroglyphes mayas, il n’est pas simple de prouver ou réfuter ces hypothèses. D’après moi, étant donné la longue viabilité des spores et la domination des vents à l’équateur, la distribution tropicale du P. cubensis est probablement un fait très ancien de l’écologie planétaire.

Ce qu’il semble raisonnable d’envisager, c’est que les peuples indo-européens venus d’Asie Centrale aient pu en contact avec les cultures pastorales de partenariat et aient assimilé leur culte du champignon coprophile contenant de la psilocybine, l’emportant plus à l’est, vers l’Inde. L’idée manque de preuves, mais, d’un autre côté, aucune recherche n’a été effectuée. Après tout, le climat habituel du désert dans la région englobant l’Irak, l’Iran, le sud de la Turquie, la Jordanie et l’Arabie Saoudite rend l’endroit peu adéquat pour chercher les traces d’un culte du champignon. Néanmoins, La Nourriture des Centaures, de Robert Graves, montre comment un tabou indique généralement une implication historique antérieure avec l’objet interdit. Et les champignons, que l’on ne trouve guère dans l’environnement contemporain où ces religions se pratiquaient, sont tabous dans les bases primitives du Zoroastrisme, du Mazdéisme, et des autres cultes qui les ont précédés. D’après Wasson, le Mazdéisme interdit tout particulièrement la consommation de champignons (Wasson, Hofmann, et Ruck, 1978).

Dans Le Champignon Sacré et la Croix, John Allegro, se concentrant sur le Judaïsme consécutif à l’exil en Palestine, évoque un cas que seuls les philologues sumériens pourraient trancher. Il affirme qu’il existe des mots, des phrases, des symboles de champignons dont on peut trouver la trace dans l’Akkadien et l’ancien Akkadien, en remontant jusqu’au Sumérien, et que les champignons étaient utilisés très tôt dans cette région. Pour ma part j’ai travaillé d’après les Védas. Les Védas sont des hymnes que les peuples indo-européens ont composé au cours de leurs pérégrinations millénaires en Inde. Le Neuvième Mandala du Rig Véda parle avec beaucoup de détails du soma et de la forme que prend celui-ci devant les dieux. Le soma est l’entité suprême. Le soma est la lune ; le soma est masculin. Nous avons là un phénomène rare : une divinité lunaire masculine. La connexion entre la féminité et la lune est si profonde et évidente qu’une exception telle que celle-là ne peut que faciliter les recherches.

J’ai réexaminé les mythologies du Proche-Orient, en essayant d’y découvrir un dieu lunaire qui prouverait que ce concept a bien été importé de l’Inde jusqu’en Occident. J’ai découvert que la civilisation sumérienne située la plus au nord, était une cité du nom de Harran, traditionnellement associée aux commencements de l’astrologie. Inventée à Harran, l’astrologie se répandit ensuite en Chine, puis en Égypte et enfin partout dans le Vieux Monde. La divinité principale de la cité de Harran était un dieu lunaire, Sin ou Nannar. Sin est un homme portant un bonnet qui ressemble à un champignon. Aucune autre divinité de ce panthéon ne possède ce genre de couvre-chef. J’ai trouvé trois exemples de Sin ou Nannar sur des sceaux cylindriques ; dans chacun des cas, le couvre-chef était proéminent. Dans l’un de ces exemples, le texte d’accompagnement, écrit par un érudit du dix-neuvième siècle, mentionne que ce couvre-chef servait à identifier le dieu (Maspero,1894).

Pourquoi la divinité aryenne associée au champignon était-elle perçue comme masculine ? Bien que cette question soit plutôt un sujet pour les passionnés de mythes et de folklore, certaines articulations semblent évidentes. Le folklore germain a toujours associé la lune à la masculinité, et le champignon adoptera la projection de la masculinité ou de la féminité avec la même aisance. Il est évidemment connecté à la lune : il a une apparence lustrée, argentée sous certains angles, et il semble apparaître la nuit lorsque la lune règne dans le ciel. D’un autre côté, on peut très bien changer d’angle de vue et voir soudainement le champignon comme masculin : il est de couleur solaire, d’apparence phallique, et communique une grande énergie. Le champignon est en fait une divinité androgyne changeant de formes, et celles-ci varient suivant la prédisposition de la culture concernée. On peut presque dire que c’est un miroir d’attentes culturelles. C’est pourquoi il revêt un aspect masculin pour les Indo-européens, alors que dans d’autres situations il semble avoir une qualité lunaire. De toute façon, c’est un hallucinogène qui n’est pas sauvage, mais associé à la domestication des animaux et à la culture humaine. Cette association avec les animaux domestiqués indique que les champignons ont participé au développement culturel des Indo-européens, les peuples qui ont écrit les Védas.

Ces mêmes Indo-européens sont à l’origine d’une rupture dans l’ontologie religieuse. Pour eux, il n’y avait ni rivière, ni arbre, ni montagne sacrés. Ils ont transcendé la géographie dans leur idée de la divinité. Ils préparaient un feu, et l’endroit où ils l’allumaient devenait le centre de l’univers. Ils avaient découvert la transcendance du temps et de l’espace. Une plante sacramentelle hallucinogène liée à la bouse des animaux domestiques implique que le sacrement soit aussi nomade que le peuple et les animaux qui lui procurent un milieu propice.

Il reste un certain nombre de problèmes dans cette théorie, l’un d’eux étant le manque de preuves de la présence en Inde de Psilocybe cubensis ou d’autres champignons contenant de la psilocybine. L’Amanita muscaria est également rare en Inde. Je suis cependant certain que des recherches sur la flore indienne révéleront que le P. cubensis est un composant indigène du biome du sous-continent. Et je maintiens que la désertification de la zone allant de l’Afrique du Nord à la région de Tarr, aux environ de Delhi a faussé notre conception de ce qui s’est produit lors de l’évolution préhistorique de l’ontologie religieuse, à une époque où ces civilisations en étaient à leurs premiers balbutiements, dans cette région alors plus humide. Pour ma part, je pense que la religion du champignon est en réalité la religion générique de l’être humain et que toutes les adaptations religieuses ultérieures proviennent du culte de l’ingestion rituelle de champignons destinée à provoquer l’extase.

Repenser le rôle que les plantes et les champignons hallucinogènes ont joué dans le développement humain depuis les premières strates de l’organisation primitive, peut nous aider à poser les bases d’une nouvelle appréciation de la convergence des facteurs responsables et nécessaires pour l’évolution des êtres humains. L’intuition de la présence de l’Autre, massivement perçue comme une compagne féminine de la navigation humaine dans l’histoire, peut, je pense, ranimer cet esprit végétal qui fournit le contexte rituel grâce auquel la conscience humaine émergea dans la lumière de la conscience, de la réflexion et de la considération de soi-même : la lumière de la Grande Déesse.

Bibliographie indicative sur les plantes hallucinogènes

ABRAHAM, McKENNA & SHELDRAKE, Trialogues aux Confints de l’Occident (éditions St Michel, 1993. ISBN : 2-902450-45-1)

BENITEZ Fernando (ethnomycologue mexicain, dans cet ouvrage Benitez décrit les rites liés aux champignons sacrés dans son pays, et traite notamment de Maria Sabina), Les Champignons Hallucinogènes (éditions du Lézard. ISBN : 2-910718-04-2)

ESTRADA Alvaro (Petit-fils de chamane, et anthropologue, Estrada présente ici des entretiens avec Maria Sabina, chamane Mazatèque utilisant les psilocybes), Maria Sabina, La Sage aux Champignons Sacrés.

FURST P. T., La Chair des Dieux, l’Usage Rituel des Psychédéliques.

HARNER M. J., Hallucinogens & Shamanism.

HEIM Roger, Champignons Toxiques et Hallucinogènes.

Nouvelles Investigations sur les Champignons Hallucinogènes.

HEIM Roger & WASSON Gordon, Les Champignons Hallucinogènes du Mexique et la Psilocybine.

SCHULTES Richard Evans, A Contribution To Our Knowledge or Rivea Corymbosa, The Narcotic Olioliuqui of the Aztecs.

Atlas des Plantes Hallucinogènes du Monde

SCHULTES Richard Evans & HOFMANN Albert (R. E. Schultes, biologiste, et A. Hofmann qui découvrit le LSD en 1943, se sont penchés sur l’utilisation rituelle des drogues hallucinogènes dans le monde, il en ressort un répertoire de près de cent plantes détaillées), Les Plantes Des Dieux (éditions du Lézard. ISBN : 2-9507264-2-9)

WASSON R. G., La Chair des Dieux, l’Usage Rituel des Psychédéliques.

Qu’était le Soma des Aryens ?

Le Champignon Divin de l’Immortalité.

WASSON Gordon & WASSON Valentina (Les époux Wasson sont les fondateurs de l’éthnomycologie, l’étude de l’utilisation des champignons par l’homme, et surtout dans le cadre rituel et chamanique avec les psilocybes) Mushrooms, Russia and History

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Le chamanisme est l’utilisation des techniques archaïques de l’extase, développées indépendamment de toute philosophie religieuse – des techniques, validées de manière empirique, rendues opérationnelles par l’expérience, et qui induisent l’extase. L’extase c’est la contemplation du tout. C’est pourquoi lorsque vous avez expérimenté l’extase – lorsque vous avez contemplé le tout – vous en revenez renouvelés dans l’arène politique et sociale parce que vous avez perçu une plus grande image.

Terence McKenna. Article trouvé sur le net sans indication du nom du traducteur.

Illustration extraite de l’article « medical mojo », sur le site Searching4alpha.

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