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La révolution psychédélique – Anti-copyright FTP 95

La révolution psychédélique

Par FTP 95

« Je te parie que dans un avenir proche, les politiciens de droite vont se servir du problème de la drogue et de la toxicomanie comme excuse pour créer une organisation policière au niveau mondial. » – W. S. Burroughs dans le film Drugstore Cow-Boy.

La découverte du LSD et des transformations que celui-ci provoque dans la conscience humaine, a souvent été considérée comme une véritable révolution, la Révolution Psychédélique. Mais l’utilisation de substances altérant la conscience est aussi vieille que l’humanité. Cependant l’histoire du LSD est unique parce que ce produit fut créé par l’homme, et qu’il intéressa autant les autorités conservatrices que les peuples et surtout la jeunesse ; ce qui entraîna par conséquent une situation fondamentalement nouvelle dans notre histoire. La notion de liberté spirituelle venait de réapparaître au bout de 2000 ans d’occultation par l’Église. Et l’interdiction des psychédéliques reste un faux problème. Car, si ces substances constituent un véritable danger pour ceux qui en abusent, elles demeurent le moyen le plus sûr pour se débarrasser des entraves égotiques imposées par des règles sociales inadaptées, en nous faisant accéder directement à la Conscience Universelle, la Compréhension ou l’Extase, et ce sans gourou, ni secte.

« La CIA s’intéresse à tout ce qui permet de contrôler les esprits… » Timothy Leary 1996.

Cette déclaration de Timothy Leary illustre parfaitement les événements liés à l’histoire des psychédéliques de synthèse et plus particulièrement celle du LSD. Derrière ces initiales se cache une des aventures les plus folles de l’histoire humaine, dont nous allons parler brièvement, et au sujet de laquelle vous trouverez de nombreuses autres informations grâce à la bibliographie. Mais revenons au LSD. Cette substance est un dérivé synthétique de l’ergot de seigle (claviceps purpurea), un champignon parasite poussant sur les céréales, qui provoqua de nombreuses intoxications involontaires, douloureuses et mortelles (mais surtout inexplicables au moyen âge), connues sous le terme de « Feu de St Antoine ». L’intoxication à l’ergot de seigle servait également d’épreuve initiatique dans certains rites religieux Grecs (les Mystères d’Eleusis), Saxons, et probablement aussi chez les Amérindiens. Le principe actif de l’ergot de seigle est l’Acide Lysergique Amide, synthétisé en 1943 dans les laboratoires Sandosz en Suisse, par le Dr Albert Hofmann. Une découverte qui allait révolutionner et bouleverser l’univers mental de millions de personnes.

Cependant, cette substance, comme on pouvait s’y attendre d’ailleurs, n’allait pas être utilisée pour le bonheur de l’humanité, du moins dans un premier temps. En effet, la CIA et l’armée Américaine, s’intéressèrent au produit dès sa création, puis entreprirent les premières expériences sur des « cobayes humains » à partir de 1945. En pleine Guerre Froide, les USA devaient déjà faire face au bloc communiste émergeant, alors que la course à l’armement était à peine amorcée. La CIA cherchait donc un sérum de vérité (d’abord pour interroger espions et prisonniers de guerre, puis n’importe quelle personne susceptible de les renseigner), et plus particulièrement un incapacitant pour une guerre non conventionnelle. C’est-à-dire une guerre chimique, ne tuant personne et ne détruisant rien, mais rendant fous (momentanément ou non) à la fois militaires et civils. En fait, les psychédéliques ne répondirent pas aux attentes barbares des services secrets et de l’armée. Et c’est un produit non psychédélique, le BZ, qui fut retenu jusqu’en 1975, puis testé au Vietnam, essentiellement parce qu’il a la capacité de plonger tout individu dans un état de malléabilité totale (ses effets alliant la perte de l’ego produite par le LSD, à une perte totale de la volonté et une amnésie de l’expérience. Les effets du BZ entraînent un état traumatique irrémédiable). Le film L’Échelle de Jacob et le livre LSD et CIA illustrent très bien ces expériences révoltantes. Imaginez ces soldats (souvent des appelés) que l’on soumettait à de puissants trips de LSD (plus de 1000 microgrammes) ou d’autres substances de synthèse déstabilisantes, sans leur accord, et sans les mettre au courant de ce qui leur arrivait, simplement pour tester leurs réactions.

Parallèlement, le LSD a été utilisé en neurologie et en psychiatrie dans les années 50 pour traiter différentes formes de psychoses et de schizophrénies. Depuis les années 70, de nombreux chercheurs se sont penchés sur ces techniques taboues : Leary, Lilly, Grof, McKenna, Hofmann. Tous ont testé le LSD et d’autres psychédéliques sur eux-mêmes avant de les faire ingérer à des malades. Même si certains chercheurs sont scrupuleux et respectueux de la vie humaine, ce n’est pas toujours le cas. En effet, de nombreux produits psychédéliques furent testés par des médecins civils pour le compte de la CIA et de l’armée. Ainsi, Ken Kesey fut, dans les années 50, l’un des premiers cobayes d’hôpitaux psychiatriques à tester volontairement le LSD. Son expérience de cobaye déboucha sur un livre, puis un film, Vol Au-dessus d’un Nid de Coucou. A cette époque, le LSD commençait seulement à sortir du milieu scientifique et militaire, pour se répandre dans les rues.

Le LSD restera légal aux USA jusqu’en 1966. Moment où les autorités commencent à comprendre que le LSD est plus un médicament qu’un outil de torture, et qu’il permet d’accéder à d’autres niveaux de conscience. Les politiciens conservateurs et la CIA considèrent dès lors cette drogue comme extrêmement dangereuse, car elle possède le pouvoir d’ouvrir l’esprit des êtres humains. (Le terme psychédélique est en fait un néologisme à l’étymologie grecque créé vers 66, signifiant qui révèle l’esprit.) C’est d’ailleurs à partir de ce moment là que le LSD devient une arme révolutionnaire, suivant l’équation de l’époque : Rêve + Évolution = Révolution. Et pour la première fois depuis leur interdiction par l’Église (c’est-à-dire entre leur découverte au début de notre Ère et la fin du moyen âge), les psychédéliques font une subite apparition dans un monde au bord du gouffre. L’acide et le cannabis ont radicalement changé la face du monde. Car ces substances permettent d’appréhender instinctivement des notions telles que la tolérance, le partage, la paix, la confiance en soi, le respect des autres et de notre environnement. Choses que ne permettent pas les drogues légales : le tabac, les médicaments, l’alcool, ni les cultes monothéistes actuels, basés sur un patriarcat autoritaire. Dans ces conditions, une seule alternative pour ceux qui ont accédé à la compréhension organique et cellulaire de l’univers (selon les théories de Leary) : transformer les comportements irresponsables et violents, immédiatement.

Alors, en pleine guerre du Vietnam, la jeunesse refuse la mort et la destruction et c’est le Summer of Love de 1967. Les groupes révolutionnaires descendent dans les rues (des Black Panthers aux Merry Pranksters) et plusieurs personnalités utilisant les psychédéliques comme technique de développement personnel et collectif, deviennent les haut-parleurs d’une jeunesse en pleine évolution : Tim Leary, John Lilly, Terrence McKenna, Roger Heim, Gordon Wasson et Carlos Castaneda… sont des scientifiques, Jim Morrison, Allen Ginsberg, William S. Burroughs, Aldous Huxley… sont artistes, poètes, écrivains. Et leur expérience édifiante détermine les jeunes et les moins jeunes de toutes catégories sociales et raciales, à accéder aux mystères de la vie lors de sessions psychédéliques et planer aux sons de Tangerine Dream, Pink Floyd, Amon Düll, Ashra Temple… Ainsi, des milliers de personnes se préparent à passer l’Acid Test pour atteindre l’Extase et trouver la Paix. Mais une fois de plus la répression est à l’ordre du jour. Les puritains de l’Église et de la Maison Blanche prennent peur face à la subversion psychédélique. Ils savent ce qu’ils font. De par leur action hallucinogène, les psychédéliques sont assez puissants pour ouvrir l’esprit sur de nouveaux horizons pacifiques, et ainsi faire chanceler des idéologies totalitaires comme le fascisme et le communisme, ainsi que tous les cultes sexistes et violents tels que le Catholicisme, le Judaïsme et l’Islam.

Malgré la répression, la résistance s’organise. Les révoltés de tous bords se rencontrent pour abattre le pouvoir des « Pigs » (termes utilisés par les Black Panthers pour désigner les flics), éthyliques et violents. Timothy Leary rencontra d’ailleurs Eldridge Cleaver (leader des Black Panthers) en 72. Pour beaucoup de jeunes des seventies, l’Acide c’est la révolution. Car le trip lui-même est une révolution intérieure qui transforme notre perception de l’univers. Celle-ci permet d’accéder au TOUT universel, d’obtenir certaines réponses aux questions primordiales en s’intégrant au rythme de l’évolution. Ainsi, la jeunesse, écœurée par le conformisme et l’ordre moral, plonge dans un bain de plaisir et de sagesse instantanée. Malgré un certain optimisme, l’utopie psychédélique cède face à la répression policière. De plus, le mouvement psychédélique est pourri de l’intérieur par les pires ordures : les dealers d’héro, de coke, de speed… D’un côté le cannabis, les psilocybes, le peyotl et aussi le LSD poussent à l’amour de la vie et à son intensification, de l’autre la coke et l’héro visent à son anéantissement pur et simple. Difficile de lutter sur deux fronts à la fois lorsque le mot d’ordre est Sérénité, Tranquillité, Paix. Et les années 77 finiront par stopper définitivement les 10 années de Révolution Psychédélique avec l’avènement du Punk nihiliste, des Sex Pistols, des sniffes de colles, d’amphètes, d’héro ou de médicaments, du No Future… Bref, l’antithèse du bonheur tant recherché auparavant.

Les hippies redécouvraient le Tao de Lao-Tseu, un texte vieux de 2600 ans qui enseigne le non-agir, et non l’autodestruction. Une façon d’apprendre à se respecter pour mieux respecter les autres. C’est peut-être ce qui se passe en ce moment avec le retour du LSD, et l’apparition de l’Ecstasy il y a presque 10 ans. Les raves sont devenues des lieux d’échanges et de partages, des fêtes dionysiaques où l’on ne voit ni agressivité, ni sexisme, mais souvent des gens avec un énorme sourire et les yeux étincelants de joie. L’ivresse est désormais spirituelle et pacifique. La Révolution Psychédélique n’est pas finie. Elle ne fait que commencer.

La révolution psychédélique, Anti-copyright FTP 95

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Ce projet est né en 2002 suite à une discussion avec un ami, Prospéro, qui fut à la source d’Hermésia, la Tortuga de l’Occulte. Le webzine alors n’était pas exclusivement dédié à la Magie du Chaos, mais après la disparition de son fondateur, il a évolué vers la version que vous pouvez aujourd’hui lire.

L’importance de la Chaos Magic(k) ou Magie du Chaos grandit au sein de la scène magique francophone. Nous espérons apporter notre clou au cercueil…
Melmothia & Spartakus FreeMann

  1. La révolution psychédélique ne s’est elle jamais arrêtée et l’art lui-même ne serait-il pas d’essence psychédélique si l’on considère l’origine de l’inspiration ? La marche des bodhisatva ne s’est-elle jamais arrêtée et les clochards célestes n’ont-ils jamais arrêter de voyager, d’ailleurs que sommes nous sinon des yogis un peu plus haineux que les autres ? 😉

  2. J’aime ton article et je suis d’accord avec toi, la révolution psychédélique ne fait que commencer. Je suis un drogué psychédélique. Je vis psychédélique, je pense psychédélique. Et tant qu’il y aura au moins une personne comme moi, la culture psychédélique sera encore vivante. Cette culture renaîtra de ces cendre pour le bonheur de tous les peuples de cette terre. Douce euphorie nous projectant hors du temps et de l’espace, qui permet d’oublier les tristes realités de cet an de grâce vaseux qu’est 2008, nous t’attendons.

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