Ce matin

Auteur Anonyme

Ce matin je pouvais sentir les barreaux autour de moi lorsque je me suis réveillé ; dans le ciel froid et grisâtre dégoulinant sur le sol à travers mes lunettes de soleil ; jusque dans les lumières blafardes de la rue traversant les vitres du bus, dans l’ascenseur du bâtiment où je travaille. D’un bureau à un autre, à un autre, à un autre…

Au moins certains ont des vitres.

Mais à quoi bon avoir une vue sur l’extérieur si c’est au travers de barreaux ? À quoi bon voir le soleil se réverbérer sur les feuilles des arbres lorsque c’est derrière un mur de verre qui ressemble à un énorme barreau ? Lorsque tu es piégé dans une cellule après l’autre, que signifie encore le paysage ? Lorsque tu es piégé dans une cellule qui te suit partout, est-ce important le lieu où tu te trouves ?

Peut-être est-ce mieux si tu ne peux pas VOIR les barreaux…

C’est ce que je pense certains matins lorsque les barreaux sont tellement visibles autour de moi. Lorsque chaque mur devient barreau pour me garder emprisonné, enfermant mes pensées dans les limites approuvées de ma cellule. C’est ce que je pense quand je peux voir la cage que tous les gens traînent avec eux, qui les cerne alors qu’ils vont au travail, faire les courses, boire un verre au bar. Quand je peux VOIR les barreaux, VOIR les cages qui enferment tout le monde (moi y compris), VOIR les bagages que les gens emportent avec eux et qui détermine comment ils voient les autres, je me demande…

Les autres AUSSI peuvent-ils voir les barreaux ? Ou est-ce juste moi ?

Est-ce que je vois seulement les barreaux ? Les barreaux sont-ils RÉELLEMENT là, ou est-ce juste parce que c’est un jour de pluie et que ça me fout toujours un peu le bourdon ? Est-ce JUSTE dans ma tête ou bien les autres peuvent-ils les voir également ? Si les autres PEUVENT les voir, ont-ils pensé à sortir de la cage, à ouvrir la porte ? Ou bien sont-ils tellement bien conditionnés qu’ils pensent que les barreaux sont CENSÉS être là ?

Avons-nous seulement vu les barreaux lorsqu’on les a placés autour de nous ?

Est-ce, lorsque nous avons grandi, apprenant de nos amis, des adultes (intentionnellement ou non), que nous avons mis les barreaux nous-mêmes ?

Nous ont-ils, nous sommes-nous, donnés les barreaux ? Savaient-ils ce qui allait se passer ? Voulaient-ils savoir ? Voulons-nous savoir ? Ou bien avons-nous simplement mis les barreaux parce que nous les avons vu autour de ceux qui nous éduquaient, juste pour suivre le mouvement ? Sommes-nous nés dans la cellule et avons-nous réalisé trop tard ce que cela signifiait ?

Il me semble que les barreaux ont toujours été autour de moi, et que je n’ai jamais véritablement réalisé qu’ils me gardaient prisonnier.

Après tout, les barreaux semblent bien avoir toujours été là, le fer froid habillé d’une confortable familiarité. Il m’est arrivé de profiter d’une cellule plus spacieuse où les barreaux semblaient plus éloignés, et parfois j’avais besoin que ma cellule soit petite afin de garder certaines choses EN DEHORS et moi Á L’INTÉRIEUR.

Au moins, j’ai été capable de changer de cellule une fois dans ma vie, c’est vrai hein ?

Dis, c’est vrai ?

Ce matin. Traduction française par Spartakus FreeMann, août 2009 e.v.

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Nouvelle version de KAosphOruS, le WebZine Chaote francophone.Ce projet est né en 2002 suite à une discussion avec un ami, Prospéro, qui fut à la source d’Hermésia, la Tortuga de l’Occulte. Le webzine alors n’était pas exclusivement dédié à la Magie du Chaos, mais après la disparition de son fondateur, il a évolué vers la version que vous pouvez aujourd’hui lire.L’importance de la Chaos Magic(k) ou Magie du Chaos grandit au sein de la scène magique francophone. Nous espérons apporter notre clou au cercueil… Melmothia & Spartakus FreeMann

  1. Sheogorath

    Beau texte. La prise de conscience de l’existence des barreaux est un peu comme l’initiation : difficile au début, très difficile…

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