Art, Poésie et divers

Journal de Rorschach, 21 octobre de cette putain d’année 2011

Journal de Rorschach

Par Rorschach

Ce papier m’a été inspiré par deux conversations que j’ai eues avec des amis costumés. Des êtres aux multiples identités, bercés par l’illusion d’être un et unique, comme le putain de flocon de neige dont nous parlait Tyler.

Le projet chaos.

J’ai jamais été très branché utopies. Pourtant celle-là je l’aimais bien. Avec sa gueule de minet et son look de star du rock il en jetait, Tyler. Joli masque. Ça plaît aux filles. C’est peut-être pour ça que le monde est passé à côté du message. Qui a écouté ce qu’il avait à dire ? Qui se souvient encore de lui pour autre chose que ses abdos ou ses poses de chatte en chaleur ?

Même parmi les masques il en reste qui n’ont pas compris. Tyler était un masque. C’est en oubliant qu’il l’était qu’il s’est libéré de son putain de carcan de chair. Et regardez ce qui en est sorti. Un joli papillon. Tandis qu’on continue à traîner nos semelles usées dans les caniveaux qu’on a bien voulu nous laisser. Sous son masque Tyler était pareil à nous ; abruti, conditionné par les médias, la télé, l’internet… Un naze, quoi.

Un ami proche s’est confié à moi, récemment. Il a raccroché. Mis son masque au placard, avec ce qu’il lui restait de liberté. Alors qu’il me parlait, il tournait la tête à droite et à gauche comme si quelqu’un nous épiait. Et il avait pas tort ce con. Quelqu’un nous écoutait. Orwell avait raison. Big Brother est là, dans la rue, dans les médias, dans ces putains de centres de conditionnement de masse qu’on ose encore appeler des écoles, partout. Mais avant tout, il est dans nos têtes. Et il s’y plaît bien, l’enculé.

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Deuxième cas. Clinique celui-là. Il me donne rendez-vous dans la haute tour dans laquelle il s’est enfermé dans son délire schizo. Il n’a pas quitté son costume depuis des lustres, mais il semble avoir oublié qu’il le portait. Et ce qu’il signifiait pour lui. Il ne peut faire confiance à personne, me dit-il en me parlant des autres masques, tout le monde cache son visage. Tout le monde est complice, et donc coupable, de cacher de sombres pensées et des tendances inavouables, tout le monde sauf lui, pauvre brebis égarée parmi les loups.

 Tout le monde a un masque… Tu parles d’une découverte. Un peu, mon gars, que tout le monde porte un masque. Les nôtres reflètent nos envies, nos aspirations, nos fantasmes. Ils cachent qui l’on est pour permettre à ce que l’on est de s’exprimer. D’agir. Mais on ne fait pas exception. Dehors, tout le monde porte un masque. Le masque du bon père de famille, aimé par sa famille, ses collègues, sa maîtresse, son chien. Y’a quoi en dessous ?

 Le projet chaos était une jolie tentative. Ça passait bien à la télé. Surtout avec Brad Pitt en gourou trash et chantre de la désobéissance civile. Mais pas besoin d’avoir sa belle gueule ou d’aller jusqu’à la schizophrénie pour se sentir vivant. Nos pseudonymes sont nos masques. Mais pas que. Ils sont aussi, pour certains, cette partie de nous-mêmes qui résiste, qui refuse de tendre son cul pour une pénétration sans vaseline. Cette partie qui chie sur les conventions et autres conformités, sur le fait d’être normal, comme les autres, de penser, dire, faire ce qu’il faut. De s’habiller comme son emploi le demande. De lire les livres qu’on vous dit de lire. D’aimer ce qu’on vous dit d’aimer. De baiser comme on va à l’église, et avec les gens de la couleur ou du sexe qu’il faut. De… croire ce qu’il est communément admis de croire.

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 Au Diable tout ça.

J’ai choisi mon masque. Une tâche. Une tâche qui reflète ce que je vois, dehors. Ce masque je l’ai choisi. Je ne me cache pas dessous, non. Ce masque, c’est mon visage. C’est moi.

Journal de Rorschach, Rorschach, 2011.

Nouvelle version de KAosphOruS, le WebZine Chaote francophone. Ce projet est né en 2002 suite à une discussion avec un ami, Prospéro, qui fut à la source d’Hermésia, la Tortuga de l’Occulte. Le webzine alors n’était pas exclusivement dédié à la Magie du Chaos, mais après la disparition de son fondateur, il a évolué vers la version que vous pouvez aujourd’hui lire. L’importance de la Chaos Magic(k) ou Magie du Chaos grandit au sein de la scène magique francophone. Nous espérons apporter notre clou au cercueil… Melmothia & Spartakus FreeMann

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