Magie du Chaos

La Magie du Chaos : Piraterie Occulte et Vieilles Dentelles

La Magie du Chaos : Piraterie Occulte et Vieilles Dentelles

Par Spartakus FreeMann

Sans vouloir, le moins du monde, barber le lecteur avec un historique plus ou moins scabreux de la Magie du Chaos – et encore, peut-on parler d’histoire pour une chose avortée et plus fantasmatique que réelle – nous allons brosser ici quelque alchimique oeuf dans notre poële athanorée.

Un ami m’a dit un jour : « le mage est un véritable dieu qui voyage dans l’histoire afin d’y pirater les sources mythologiques qu’il utilisera dans son terrorisme psychique ». Cet ami est aujourd’hui le guru d’une secte florissante, on ne peut donc douter de son génie. À l’heure actuelle, la Magie du Chaos semble faire plus fantasmer le bon peuple que les derniers soubresauts de la Star Ac’, et on pourrait se demander pourquoi à voir la qualité du travail des représentants francophones ; ceux-ci étant plus de grands propagandistes dogmatiques que d’efficaces praticiens. Les chaoticiens sont-ils des génies ayant découvert un nouveau système magique qui lave encore plus blanc, et plus en profondeur et plus efficacement ? Je ne le pense pas et c’est ce que je vais essayer de démontrer dans cette course poursuite de mots insensés et, puisqu’il s’agit là d’un fanzine dada, surréalistes.

Tous ceux qui, un jour, se sont penchés sur l’étude sérieuse de la mythologie ont pu se rendre compte assez facilement que les dogmes et les systèmes de croyances des religions changent perpétuellement afin de s’adapter à leur époque. Ainsi, il est évident que la religion chrétienne a été construite sur un amalgame de croyances et de dogmes issus du judaïsme, des mythes du Proche-Orient, de la mythologie gréco-romaine. Pour ne prendre qu’un exemple, le Diable que l’on représente aujourd’hui comme une maléfique et hideuse bête à cornes n’est qu’une déformation du Dieu grec Pan ; et les cohortes sataniques ne sont autres que les satyres et silènes des doux bosquets de l’Antiquité. Bien sûr, là où Pan était un dieu bénéfique, représentant la fertilité et la sexualité qui lui est associée, les chrétiens en ont fait le parangon du mal et du vice. On imagine assez aisément que pour nos bons propagandistes chrétiens des premiers siècles, Pan devait disparaître de la tradition populaire, il devait être relégué dans les sombres régions du « mal », mal tout aussi indéfini que changeant au cours des successions apostoliques. Cette propagande et cette manipulation de la Tradition n’ont pas été autre chose qu’un acte de piraterie et de terrorisme psychique (et physique). Nous ne pouvons effectivement appeler autrement cette œuvre qui a consisté à s’emparer des symboles et des mythes, et donc des énergies puissantes des Âges anciens, afin de les intégrer sous une forme ou sous une autre dans un nouveau dogme triomphant et infaillible. Les anciens sites sacrés furent recouverts par des églises, les anciens dieux travestis en saints ou saintes ou en démons ou démones, les anciens rites furent phagocytés afin d’en assimiler l’énergie occulte et divine.

Nos bons pères de l’église ne furent donc pas autre chose que des pirates – ils furent seulement moins hollywoodiens et moins sexy, il faut bien le dire, que notre Jack Sparrow.

Les puissants navires apostoliques aux voiles frappées de la Sainte Croix se répandirent sur tous les océans, pillant les trésors du monde antique afin de constituer un butin fabuleux. La tactique a toujours été la même, un subtil déguisement d’agneau, juste avant de sortir la hache d’abordage et de trucider allégrement les témoins de la rapine.

Les temps étant cycliques, et les mêmes procédés pouvant être utilisés par d’autres, la religion catholique a fini par voir ses propres tactiques retournées contre elle. Ainsi, les pauvres esclaves emmenés de force dans le Nouveau Monde finirent-ils par prendre une forme de revanche sur leurs maîtres en s’appropriant les mythes et symboles du christianisme afin de les mêler avec le fonds de leurs propres croyances et de fonder ainsi les divers courants du Vaudou. C’est l’histoire du voleur volé, ou comment un pirate embourgeoisé – l’église catholique – se retrouve piraté à son tour.

Dans la Santeria, les Saints ne autres choses que les anciens dieux des esclaves déguisés ainsi en Saint-François, ou en Sainte Vierge.

Mais bref, que cela signifie-t-il pour nous, les grands chaotes des régions sarko-fritées ? Eh bien, l’occultisme contemporain, et ses légions new âgeuses nommées magie et Wicca ne sont, si l’on a bien compris notre propos, que des pirateries hybrides de systèmes préexistants qui furent pillés, assimilés et reformulés afin de servir à un but élevé et puissant : la domination et la conquête de nouveaux espaces – et de nouveaux troupeaux – mythologiquement purs !

Dans les années 70, aux États-Unis et en Angleterre, un renouveau des mouvements occultes a fait rage dans les chaumières cossues de l’élite ésotérique. De nouveaux cénacles se créèrent travaillant sur base du matériel issu de la Golden Dawn, de l’Ordo Templi Orientis, de l’Aurum Solis, et de toutes ces inertes carcasses véreuses. L’engouement pour les philosophies venues de l’Extrême-Orient, et plus particulièrement de l’Hindouisme et du Bouddhisme, contaminèrent les esprits qui se mirent à turbiner maladivement sur les mantras et autres yantras macdonaldisés. De cette magnifique partouze, on retiendra surtout un phénomène dont nous avons parlé : la piraterie occulte. Car, il faut bien avouer qu’il ne s’agit pas d’autre chose. Nos bons « magickiens » de Piccadilly ou de San Francisco n’ont pas fait autre chose que de se lancer dans une œuvre de rapine dans les divers systèmes de la magie cérémonielle, de la kabbale, des pratiques métaphysiques hindouistes ou bouddhistes. Mais nos valeureux pirates avaient eu le génie de se munir de deux nouvelles armes ; là où les pirates des temps antérieurs se contentaient d’appliquer la même formule, nos hippies sur-magickés développèrent intuitivement :

Le saut de paradigme qui est une technique d’abordage magique multiple de divers systèmes afin de les dépouiller de leurs cargaisons. La rapine terminée, le vaisseau pirate se dirige alors vers une nouvelle proie, tout en prenant grand soin de se débarrasser de la cargaison nouvellement acquise ! Quoi de plus dada ? Quoi de plus surréaliste que d’imaginer ces pirates lancer dans les eaux sombres de l’oubli les objets magiques de grand prix, les antiques grimoires, les formules sésamiques… La croyance devient une marchandise sans prix que l’on peut abandonner aux requins, le but est ailleurs, le but est dans l’acte de la rapine lui-même et non dans son objet ! L’état de Gnose qui est une opération par laquelle on modifie son champ de conscience afin d’ouvrir de nouvelles opportunités dans la compréhension de l’océan occulte et de ses mers des Sargasses. On peut voir là une influence directe des enthéogènes passions de nos chaoticiens. Par ce procédé, par la transe induite, par ce nouveau Rhum, nos pirates expérimentent aussi la Joie du travail bien fait.

De ces courses effrénées et endiablées, nos pirates surent malgré tout conserver quelques bijoux inestimables détruits afin de les fondre en de magnifiques couronnes octarines et ultra-violettes. La Magie quantique, la Chaos du Tao, la Kabbale Non-linéaire, la Chaos de la TechGnose en sont quelques-unes.

Certains pirates finirent par s’établir en une nouvelle Tortuga toutes aussi improbable qu’introuvable. De ce lieu mythique furent lancés les ordres de pillages et de là les lettres de courses furent lancées dans de binaires repaires à de nouveaux capitaines corsaires : le Capitaine Carroll et le Commandant Hine ; la Société pirate de l’IOT, … En Tortuga, fut également forgée la Sainte Devise : « Rien est Vrai ; Tout est Permis ».

Les navires frappés de l’Étoile du Chaos sillonnent les mers avec à leurs bords les Illuminés de Thanatéros et les Chaotes Itinérants qui perpétuent cette glorieuse aventure humaine qu’est la Piraterie Occulte. Ils agissent en tant qu’agents provocateurs de la culture occulte ; ils se battent entre eux afin de mieux confondre l’ennemi et de réaliser le « Comme des Frères, battez-vous » du Liber AL ; ils osent se rendre là où les peureux et les lâches n’osent aller ; ils fondent sur vous lorsque vous dormez afin de vous dépouiller de vos connaissances et de vos vies ; ils fondent des colonies sur le principe de la TAZ ; ils accostent sur les côtes Franc-Maçonnerie et Martinisme et Rose-Croix afin de faire quelques esclaves qu’il revendront ailleurs contre formules sonnantes et chantantes. Les Pirates de la Chaos sont là, près de chez vous et ils sont affamés…

La Chaos a crevé, vive la Chaos !

La Magie du Chaos : Piraterie Occulte et Vieilles Dentelles, Spartakus FreeMann, au nadir de Libertalia en ce 6 avril de l’An -4 avant le Déluge.

Pirates02 La Magie du Chaos : Piraterie Occulte et Vieilles Dentelles
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Illustration : Pirates approchant un navire, par Howard Pyle, extrait de son Book of Pirates. Domaine Public.

Dans les mêmes eaux...

Nouvelle version de KAosphOruS, le WebZine Chaote francophone.Ce projet est né en 2002 suite à une discussion avec un ami, Prospéro, qui fut à la source d’Hermésia, la Tortuga de l’Occulte. Le webzine alors n’était pas exclusivement dédié à la Magie du Chaos, mais après la disparition de son fondateur, il a évolué vers la version que vous pouvez aujourd’hui lire.L’importance de la Chaos Magic(k) ou Magie du Chaos grandit au sein de la scène magique francophone. Nous espérons apporter notre clou au cercueil… Melmothia & Spartakus FreeMann

  1. Les chaoticiens sont-ils des génies ayant découvert un nouveau système magique qui lave encore plus blanc, et plus en profondeur et plus efficacement ?

    Je pense que ça a jamais été le but. Au contraire effectivement pratiquer une magick ouverte aux possibilités de choix, à l’expérimentation propre, aux résultats improbables et garder avec soi son sens de l’humour et un certain ravissement du bordel. A mon sens, d’ailleurs comme la piraterie à l’époque, la chaos magick devrait rester une mouvance d’opposition, opposition à l’ordre établi, aux morales aliénantes, aux dogmes enracinés ; une magie libertaire et anarchiste. A la différence des croisades de tout bord son ambition n’a jamais été de prendre le pouvoir (pour imposer quelle idée.. ?) mais plutôt d’inviter les anciens barbares à bord et les nouveaux mal-errants sur la route.

    Elle a le mérite de promouvoir l’auto-initiation et de favoriser l’expérimentation plutôt que l’asservissement à une hiérarchie occulte formelle et souvent douteuse ; montrer que son propre système magick peut être aussi valable que celui du voisin. Que la connaissance n’est pas dans l’uniformité de pensée. Pas de vérité à imposer donc, pas de valeurs à défendre mis à part le droit à la liberté, au choix, et garder en tête que personne ne sait où il va donc autant ne faire aucune différence.

    Aussi qu’on parle d’Art, de mythologie ou de système magick tout n’est que réinterprétation, remaniement de fond. Même si je conviens que nous chaotes francophones avons du mal à nous détacher de l’habitude d’avoir les pensées attelées par les rênes des prisons institutionnelles et autres « monolithes paranoïdes »… il suffit de regarder le travail de mecs comme Orryelle ou des gars du Topy pour voir qu’il reste encore pas mal de choses à faire, à tester. A nous de faire que ça change.

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